Le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), devenu l’unique voie d’accès à la résidence permanente au Québec, avance au ralenti. Depuis juillet, moins de cinq Certificats de sélection du Québec ont été délivrés sur des milliers de dossiers déposés, selon des informations confirmées au Devoir par le ministère de l’Immigration.
Les chiffres inquiètent. Alors que des milliers de candidats ont soumis leur demande au Programme de sélection des travailleurs qualifiés, à peine une poignée ont obtenu leur Certificat de sélection du Québec. Au cabinet du ministre Jean‑François Roberge, on parle de délais « normaux », calculés à partir du dépôt officiel de la demande et non de l’invitation. Le ministère évoque une période d’adaptation, le programme reposant sur un nouveau système de traitement.
Sur le terrain, le ton est plus alarmiste. Florence Bollet Michel, porte-parole du collectif Le Québec, c’est nous aussi, affirme constater un profond découragement chez les candidats, notamment les laissés-pour-compte du Programme de l’expérience québécoise. « La machine est bloquée », dénonce-t-elle. Selon elle, l’allongement des délais place plusieurs immigrants dans une situation précaire, incapables de renouveler leur permis de travail et contraints d’envisager un départ.
Le contexte alimente la pression. À l’été 2025, environ 1000 personnes ont été invitées à présenter une demande au PSTQ, avant que 4500 autres ne reçoivent une invitation en décembre et janvier, peu avant l’abolition du PEQ. Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) affirme traiter simultanément les nouvelles demandes papier, les dossiers en inventaire du PEQ ainsi que ceux du Programme régulier des travailleurs qualifiés et des programmes pilotes.
Des critiques ciblent aussi la complexité du processus. L’avocat en immigration Yves Martineau estime que le PSTQ ne remplace pas réellement le PEQ. « Le niveau de complexité est beaucoup plus élevé », tranche-t-il. Les candidats disposent de 30 jours pour confirmer leur intérêt après l’invitation, puis de 60 jours pour fournir des documents détaillés sur l’ensemble de leurs emplois des cinq dernières années, au Québec comme à l’étranger. Une exigence jugée lourde et anxiogène.
À l’Assemblée nationale, l’opposition hausse le ton. Guillaume Cliche‑Rivard, leader parlementaire de Québec solidaire, parle d’un « bilan désastreux » et réclame le rétablissement immédiat du PEQ. Le député libéral André A. Morin affirme recevoir de nombreux appels de candidats inquiets. « Ça ne fonctionne pas », résume-t-il. De son côté, le cabinet du ministre maintient que le processus suit son cours et que les délais s’apparentent aux six mois observés sous les anciens programmes.




