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RDC : Le respect de la Constitution, ligne rouge de notre démocratie | Tribune

by Joel Kamala
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En remettant entre les mains de sa majorité politique la responsabilité d’un éventuel changement de la Constitution qu’il a juré de défendre Félix Tshisekedi brouille dangereusement la frontière entre l’ordre des règles communes et celui des ambitions politiques. Le 24 octobre 2026, devant les parlementaires de l’Union sacrée réunis à la Cité de l’Union africaine, il a déclaré, selon une source présente citée par Actualité.cd : « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. » Le même média rapporte que le chef de l’État a dit vouloir remettre le pays sur la bonne voie et y faire régner une paix véritable et durable.

Il est amer de constater que le président veut changer la Constitution après avoir prêté serment de la respecter, tout en comptant sur sa majorité parlementaire et sur une partie de la population qui le soutient. Ces soutiens lui donnent l’illusion qu’il peut tout se permettre alors que la légitimité du pouvoir repose avant tout sur le respect des principes fondamentaux de la nation et des engagements pris.

Dire qu’il n’aime pas la Constitution est un constat grave, car elle n’est pas faite pour être aimée ou détestée, ni pour être prise et jetée selon les besoins du moment; elle exige le respect, constitue la base de notre République et s’impose au président comme à l’ensemble des citoyens. L’article 69 lui confie le devoir de veiller à son respect, et l’article 74 prévoit le serment par lequel il s’engage à l’observer et à la défendre. Il ne peut donc rejeter sur sa majorité la responsabilité d’un changement qu’il souhaite; la manœuvre du clan reste celle de son maître.

La politique congolaise est un jeu dont tout le monde connaît les règles, mais que chacun cherche à changer à son avantage tout en prônant la démocratie. L’Union sacrée et certains hommes de Dieu nous disent que le Congo est enlisé et que la Constitution nous freine, comme si elle était la cause de tous nos maux. Ce discours trouve un écho favorable auprès du peuple parce qu’il joue cyniquement sur sa naïveté, son ignorance, sa fatigue et l’espérance de promesses utopiques. En détournant les regards des responsabilités du pouvoir et des résultats attendus, il érige habilement la Constitution en bouc émissaire idéal pour masquer l’inaction gouvernementale.

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À la lumière des événements politiques qui se déroulent actuellement, il ne fait plus aucun doute que le débat autour de la Constitution sert de diversion. Malgré les voix de la société civile et de l’opposition qui s’élèvent contre cette ambition, Félix Tshisekedi s’entête à vouloir changer la Constitution afin de s’éterniser au pouvoir, au risque de faire glisser le pays vers l’autocratie et de piétiner les acquis démocratiques obtenus.

L’Assemblée nationale a adopté, le 23 octobre dernier, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en RDC, après la reformulation de treize articles à la suite des observations de la Cour constitutionnelle. Le texte doit encore être examiné par le Sénat en seconde lecture. Il prévoit notamment le recours au référendum pour modifier la Constitution ou soumettre une nouvelle Constitution aux électeurs; il pourrait aussi permettre à l’exécutif de soumettre de futurs projets de loi au vote populaire. Pour l’opposition, ce mécanisme pourrait contourner l’article 220, qui interdit toute révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels. La Constitution actuelle fixe le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une fois. Le débat est donc loin d’être théorique.

Bien que la feuille de route de la CENI fixe les prochaines élections générales au 16 décembre 2028, ce calendrier demeure suspendu à de multiples contraintes financières, sécuritaires, logistiques et juridiques. Dans les faits, un fossé béant sépare le discours du président Félix Tshisekedi sur le « retour du Congo sur les rails » du quotidien des Congolais. Le président demande encore du temps après avoir passé près de huit ans à la tête de l’État, alors que le peuple congolais attend des réponses à ses besoins les plus essentiels, qu’il s’agisse d’eau, d’électricité, d’emploi ou de sécurité.

À Kinshasa, des habitants doivent recourir aux forages pour s’approvisionner en eau, tout en subissant des coupures d’électricité récurrentes, des enlèvements et le banditisme armé des « Kuluna ». Dans l’Est, notamment dans le territoire de Masisi, les hostilités persistent et les initiatives engagées jusqu’ici ne suffisent pas à mettre un terme aux aventures militaires du Rwanda en RDC. Le Congo appartient à tous ses citoyens, c’est au nom de cette conviction profonde que je prends la parole sur la conduite des affaires de l’État et l’avenir de notre jeune démocratie car la façon dont le pouvoir en place conduit le pays interpelle ma conscience de citoyen et je ne peux rester neutre en voyant le feu gagner la maison commune pendant que d’autres en minimisent le danger.


« À la moindre escarmouche…, des “rigolos” que vous avez vus à Nairobi…, lisez sur mes lèvres…»
, avait déclaré Félix Tshisekedi sur Top Congo FM le 18 décembre 2023, quatre jours après l’entrée en vigueur de la prolongation du cessez-le-feu. Il avait ajouté qu’il demanderait aux deux chambres réunies en Congrès l’autorisation de déclarer la guerre au Rwanda et qu’il les convoquerait s’il apprenait qu’une seule balle avait été tirée. En février 2024, avant la chute de Goma, il expliquait que le contexte ne lui permettait pas de mettre cette promesse en pratique. Depuis la prise de la ville, il n’est pas revenu expliquer pourquoi il n’avait pas engagé cette démarche.

Aujourd’hui, les rebelles disposent de leur propre armée et de leur propre police, administrent Goma en toute impunité et contrôlent les ressources minières. Cette situation donne l’impression que deux Congo coexistent au sein d’un même territoire et nourrit la crainte d’une balkanisation de la RDC. Ainsi, nous avons affaire à un président qui multiplie les promesses, ne tient pas ses engagements et cherche ensuite des excuses à son impuissance. À force d’engagements non honorés, Félix Tshisekedi apparaît de moins en moins comme un homme de parole et voit sa crédibilité s’effriter inexorablement.

J’exhorte respectueusement le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à ne pas prêter l’oreille aux conseillers et opportunistes qui l’incitent à modifier ou changer la Constitution dans le but de prolonger son maintien au pouvoir.

La situation de guerre qui prévaut dans l’Est ne saurait justifier une telle décision. Le chef de l’État doit respecter les règles qu’il a juré de défendre, même lorsqu’elles limitent son pouvoir. En ouvrant la voie à leur modification au gré des rapports de force, Félix Tshisekedi créera un précédent pour ses successeurs. Toute majorité issue des prochaines élections pourrait alors faire de même et modifier à son tour la loi fondamentale. Les règles du pays s’écriraient ainsi au gré des présidents et de leur conception de la démocratie, jusqu’à nous faire basculer dans une dictature déguisée en démocratie. Le président doit accomplir ses deux mandats et organiser des élections.

Sur le plan sécuritaire, la véritable ligne rouge réside dans le refus catégorique de tout nouveau « brassage » et « mixage » au sein des Forces armées (FARDC), de la Police nationale et des services de renseignement. Cette politique d’intégration irréfléchie des rébellions a affaibli la chaîne de commandement, favorisé les infiltrations et empêché la RDC de sécuriser l’ensemble de son territoire face aux menaces actuelles, notamment la rébellion de l’AFC/M23, désormais regroupée sous le nom de Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par Joseph Kabila.

Si la quête de la paix nécessite un dialogue national inclusif et un pardon national, celui-ci doit être encadré et examiné au cas par cas afin de ne pas devenir une prime au crime. La réconciliation ne doit pas s’asseoir sur l’impunité. Sultani Makenga et Bertrand Bisimwa ont déjà été condamnés par défaut en RDC, en août 2024, notamment pour crime de guerre, participation à un mouvement insurrectionnel et trahison. Tout processus de pardon ou de réconciliation doit tenir compte de ces condamnations et de la justice due aux victimes. C’est par le respect strict de la loi fondamentale, la justice rendue aux victimes et la réforme des FARDC en une armée professionnelle que la République démocratique du Congo pourra retrouver sa dignité et sa stabilité.


Joël Kamala Mwindo

Auteur-essayiste

Crédit photo à la une : Présidence Rdc

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