Après plusieurs mois de silence, l’ancien président congolais Joseph Kabila a accordé un entretien au média belge La Libre Belgique, depuis Goma où il réside actuellement. Dans cet échange, il livre une lecture critique de la crise sécuritaire et politique que traverse le pays, tout en appelant à un changement de cap.
Joseph Kabila intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes dans l’Est. Interrogé sur la récente frappe de drone survenue à Goma, il reste prudent mais évoque un climat hostile. « On a toujours été visé par le régime de Kinshasa », déclare-t-il, tout en élargissant la question à la situation des populations civiles, qu’il estime exposées à une violence continue. Il affirme néanmoins garder « le moral », malgré ce qu’il considère comme un environnement sécuritaire dégradé.
Sur le plan politique, l’ancien chef de l’État se dit « très serein » malgré la levée de son immunité et sa condamnation par la justice congolaise. Il recentre le débat sur l’état du pays depuis son départ du pouvoir en 2019. « Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise », affirme-t-il, évoquant un risque d’effondrement progressif de l’État. Il accuse le régime en place d’avoir installé « une dictature », marquée selon lui par le tribalisme, le népotisme et une gouvernance sans vision.
Joseph Kabila insiste sur la nécessité d’un retour au dialogue pour sortir de la crise. Il rappelle son expérience au début des années 2000, marquée par des accords politiques ayant permis une transition. « La guerre, c’est un choix. La paix aussi », soutient-il, critiquant la stratégie actuelle qu’il juge centrée sur l’option militaire. « Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », déplore-t-il, plaidant pour un dialogue inclusif impliquant l’ensemble des acteurs congolais.
Abordant la question institutionnelle, il met en garde contre toute initiative de révision constitutionnelle. « Quelle Constitution », lance-t-il, estimant qu’elle est déjà « ignorée depuis 2019 ». Pour lui, toute tentative de modification serait « dangereuse » et traduirait une volonté de maintien au pouvoir. Il appelle à « balayer ce système » et à mobiliser la population, évoquant notamment l’article 64 de la Constitution. « Le peuple congolais peut se prendre en main et nous surprendre », conclut-il.
Dans un pays sous tension, cette sortie médiatique marque un retour politique assumé de Joseph Kabila, au moment où la crise congolaise continue de redessiner les rapports de force internes.
