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Référendum albertain : le pari de Mark Carney avec Pacific Link | Tribune

by Joel Kamala
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Les Albertains doivent répondre à dix questions aujourd’hui, lundi 19 octobre. La question finale leur demande s’ils veulent que l’Alberta reste une province du Canada ou que son gouvernement entreprenne les démarches requises pour tenir un référendum contraignant sur la séparation. Le vote d’aujourd’hui porte donc sur l’éventuelle tenue d’un second scrutin. Les autres questions concernent notamment l’immigration, les services provinciaux et les élections. Les bureaux de vote seront ouverts de 9 h à 20 h, heure locale.

La question de la séparation a été ajoutée à la suite de la pétition de Stay Free Alberta, un mouvement qui souhaite que l’Alberta quitte le Canada. Mitch Sylvestre, fondateur du groupe, avait soumis une pétition pour demander un vote sur la séparation de l’Alberta. En mai, un juge a annulé la décision autorisant la pétition, estimant que la province aurait dû consulter les Premières Nations concernées par les effets du projet sur leurs droits issus de traités. La décision est portée en appel.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a décidé d’inclure une autre question. Elle s’est appuyée sur les pétitions des deux camps ; Stay Free Alberta veut que l’Alberta quitte le Canada, tandis que la pétition Forever Canadian, lancée par Thomas Lukaszuk, défend le maintien de la province au Canada. Lukaszuk a contesté l’utilisation de sa pétition pour appuyer un référendum sur la séparation. Smith veut que les Albertains décident et a indiqué qu’elle voterait pour que l’Alberta reste au Canada.

Le vote d’aujourd’hui est une première étape. Si une majorité veut commencer le processus, le gouvernement de l’Alberta pourrait aller de l’avant avec un référendum contraignant. Si une majorité votait ensuite pour quitter le Canada, la Chambre des communes devrait déterminer si elle constitue une majorité claire. Les lois prévoient aussi qu’en cas de sécession, des négociations doivent avoir lieu avec le gouvernement fédéral et les provinces. La Constitution devrait être modifiée, et les droits des minorités ainsi que ceux des peuples autochtones devraient être pris en compte.

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Devenir un pays ne rendrait pas automatiquement l’Alberta plus forte. Les mêmes problèmes pourraient se présenter dans ce nouvel État. D’autres groupes voudraient eux aussi avoir plus de pouvoir. En Alberta, avoir plus de pouvoir, c’est vouloir contrôler la production de pétrole et de gaz, les revenus qui en proviennent et les pipelines qui acheminent ces ressources vers les acheteurs. Ce contrôle aurait des conséquences pour notre économie, nos villes, les Premières Nations et les Albertains qui souhaitent demeurer au Canada. Si l’on veut donner plus de pouvoir à l’Alberta, il faut savoir qui l’exercera, ce que l’on fera des revenus et qui aura la parole.

L’Alberta n’aura pas accès à l’océan. Elle devra toujours compter sur des routes d’exportation et sur ses voisins. En devenant indépendante, elle aurait toujours des voisins avec qui négocier.

Le Canada possède les ressources, le territoire, les talents et les institutions nécessaires pour devenir un grand pays, capable de rivaliser avec les États-Unis dans plusieurs domaines. En coopérant et en répondant aux plaintes des provinces, le Canada pourrait y arriver.

Le 15 octobre, lors de son discours à Calgary, Mark Carney a évoqué des forces extérieures qui chercheraient à diviser le Canada. Ses propos s’inscrivaient dans le contexte de la guerre commerciale et des tensions avec les États-Unis, qu’il n’a pas nommés directement. Il a également reconnu que plusieurs Albertains se sentent lésés, estimant que leur pétrole et leur gaz leur échappent et que leur industrie n’est pas reconnue à sa juste valeur.

Pacific Link est au cœur du pari de Mark Carney. Cet oléoduc permettrait à l’Alberta d’acheminer un million de barils de pétrole par jour jusqu’à la côte ouest, puis vers d’autres marchés, notamment en Asie. Le gouvernement fédéral l’a désigné comme projet d’intérêt national le 1er octobre. Le projet réunirait Trans Mountain Corporation, l’Alberta Petroleum Marketing Commission et Pembina Pipeline. Une participation minimale de 10 % serait offerte aux communautés autochtones.

Le tracé reste à définir et les consultations se poursuivent. Le projet en est encore à ses balbutiements. Le calendrier préliminaire prévoit la publication du document fixant les conditions du projet en septembre 2027, le début des premiers travaux en octobre 2027 et celui de la construction complète en septembre 2028.

Le pari de Mark Carney consiste à démontrer que le Canada peut travailler avec l’Alberta et répondre aux besoins de la province, tandis que le vote d’aujourd’hui indiquera si les Albertains souhaitent amorcer le processus menant à un référendum contraignant sur la séparation. La réussite du pari se mesurera à l’achèvement de Pacific Link et aux retombées du projet pour les communautés concernées, ainsi qu’à la capacité des gouvernements fédéral et albertain à répondre aux attentes de la province et à préserver leur projet commun malgré leurs désaccords.

Joël Kamala Mwindo

Crédit photo à la Une : Naomi McKinney / Unsplash

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