En Afrique, certains couples peuvent passer des années ensemble, avoir plusieurs enfants et ne jamais s’embrasser devant leurs proches. Une réalité qui amuse parfois, intrigue souvent, mais qui ne signifie pas forcément que l’amour est absent.
C’est précisément ce que questionne Marilou Makoma dans une réflexion consacrée au romantisme africain. Son point de départ tient dans un simple mème vu sur les réseaux sociaux plus particulièrement Instagram : « En Afrique, nos parents font cinq enfants mais on ne les a jamais vus s’embrasser. » Derrière la blague, elle voit surtout une manière particulière de vivre l’intimité, longtemps considérée comme quelque chose qui ne se montre pas.
Pour elle, affirmer que les Africains ne sont pas romantiques revient surtout à juger leurs relations avec des critères venus d’ailleurs. « Dire que les Africains ne sont pas romantiques, c’est voir le romantisme sous le prisme de l’Europe », écrit-elle.
Marilou Makoma rappelle que plusieurs générations ont grandi sans voir leurs parents multiplier les câlins, les baisers ou les déclarations publiques. Mais elles ont aussi grandi avec la rumba, les chansons d’amour, les histoires de couple et tout un imaginaire sentimental profondément ancré dans les cultures populaires africaines. Le romantisme serait donc présent, mais sous une autre forme.

Dans son analyse, la pudeur occupe une place centrale. Parler ouvertement de sexualité, de relations amoureuses ou même montrer de l’affection devant les autres reste encore inconfortable dans certains milieux. Cette retenue a participé à installer une frontière claire entre la vie du couple et le regard de la société.
Face à cette culture de la discrétion, une autre vision de l’amour s’est progressivement imposée chez les plus jeunes.
Films, séries et programmes occidentaux ont largement popularisé une représentation dans laquelle l’amour se montre. On s’embrasse, on se prend dans les bras, on exprime ouvertement ses sentiments. Marilou Makoma estime que cette exposition a poussé une partie de sa génération à associer davantage le romantisme aux démonstrations physiques.
Mais faut-il forcément s’embrasser en public pour prouver qu’un couple s’aime ? Pour elle, la réponse est non.
Dans plusieurs relations africaines, le romantisme peut aussi se cacher dans des actes moins spectaculaires. Soutenir son partenaire, assumer ses responsabilités, protéger son couple face aux pressions familiales ou rester présent dans les difficultés peuvent également constituer des preuves d’amour.
« Chez nos parents, le romantisme ne passait pas par les mots doux ou les gestes visibles, mais par des choses palpables et durables », écrit-elle.
Cela ne signifie pas que les baisers, les câlins ou les démonstrations d’affection sont inutiles. Marilou Makoma reconnaît leur importance, mais défend aussi le droit de vivre ces moments loin du regard des autres.
La nouvelle génération, elle, semble progressivement rompre avec cette logique. Elle expose davantage ses relations, assume ses gestes et revendique une plus grande liberté dans sa manière d’aimer. Une évolution que l’auteure ne condamne pas.
Son inquiétude se situe ailleurs. Elle questionne surtout la tendance à considérer automatiquement la manière occidentale de vivre le couple comme la référence à atteindre.
À ses yeux, vouloir moderniser certaines habitudes ne devrait pas conduire à effacer toutes les particularités culturelles. Le romantisme africain n’est peut-être pas inexistant. Il est simplement moins spectaculaire, plus discret et parfois davantage inscrit dans les actes que dans l’exposition des sentiments.
Finalement, le débat ne consiste peut-être pas à savoir si l’Afrique est romantique ou non. Il consiste plutôt à accepter que l’amour puisse parler plusieurs langages.
Crédit photo À La Une : Extrait film « La vie est belle » de Papa Wemba
Texte original de Marilou Makoma, adapté à la ligne éditoriale de Bokota TV avec l’autorisation de l’autrice.
