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Joseph Kabila, héros ou traître | Tribune

by Joel Kamala
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Avec la venue de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation, le conflit dans l’est de la RDC prend une nouvelle dimension politique. Certains peuvent y voir une congolisation de l’agression rwandaise, d’autres un ancien président qui prend les choses en main pour éviter la fragmentation du pays. Beaucoup de Congolais pensent qu’il est un traître, mais son influence pourrait aussi contribuer à une sortie de crise. Ses actes permettront de juger s’il met cette influence au service de la paix et de notre unité nationale ou d’une conquête du pouvoir par les armes.

Un peuple sans mémoire de son histoire est condamné à la revivre. Dans notre cas, cette histoire nous ramène au même point faible ; notre armée. Certains de ses membres ont des loyautés envers les pays limitrophes, ce qui nous a placés en situation de faiblesse militaire, les mains liées et une arme pointée sur la tête.

Souvent, les accords de paix nous ont permis d’intégrer les rebelles aux FARDC pour mettre fin aux conflits. Après les accords de Sun City, l’intégration des combattants du CNDP a été prévue par un accord conclu en 2009. Certains ont ensuite rejoint le M23, lors de sa première rébellion puis de sa résurgence. Cela nous pousse à croire qu’en prenant les armes, on peut avoir accès à des grades, à des postes et au pouvoir. Cette logique fragilise l’armée et prépare une autre rébellion. Nous sommes à la croisée des chemins entre la paix qui reconstruit l’État et le compromis qui prépare la prochaine rébellion.

Joseph Kabila connaît ce dilemme pour l’avoir rencontré tout au long de son parcours, car il a fait partie de la campagne de l’AFDL, menée par son père avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda. Il a dirigé le secteur Nord, basé à Kisangani, et ses hommes ont réussi à prendre la ville. Après avoir accédé au poste de chef des armées, il a été propulsé à la présidence à la suite du meurtre de son père. Le pays avait besoin de se reconstruire. Il l’a réunifié et cogéré avec quatre vice-présidents, puis a restructuré l’armée en intégrant les armées des belligérants. Joseph Kabila a doté la RDC d’une Constitution en 2006, toujours en vigueur, et les premières élections libres et démocratiques ont eu lieu. Il a défait le CNDP de Laurent Nkunda. Les FARDC et la MONUSCO ont vaincu le M23 en 2013.

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Ces 18 années au pouvoir lui donnent un poids politique que Corneille Nangaa, Bisimwa et Makenga n’ont pas. L’accord de Washington engage la RDC, peu importe qui la dirige. Kabila peut donc affirmer qu’il veut poursuivre dans le même sens, sans être le successeur de Félix Tshisekedi. Sa présence à la tête du FRN peut aussi faire penser qu’il cherche à prendre le pouvoir en RDC. Ses actes permettront de le juger par rapport à son autonomie vis-à-vis de Kigali, à sa contribution à un cessez-le-feu et à sa position sur le désarmement du M23.

Le retour de Kabila, ancien président, à la rébellion, à la tête du Front pour la refondation de la nation, mérite une analyse froide de la situation, sans émotion. Patrice Emery Lumumba avait dit qu’il était prêt à faire un pacte avec le diable pour faire partir les Belges. Mobutu s’est servi de cette phrase pour garder notre pays uni et préserver son intégrité territoriale. On peut donc rapprocher Kabila de ces hommes et examiner la nécessité de son action pour notre pays. Ses alliances avec le M23 nous montreront s’il est là pour son propre intérêt, pour celui du peuple ou pour le Rwanda, dans l’est de la RDC. C’est dans sa capacité à peser sur ces alliances que son rôle pourrait devenir décisif.

Je pense qu’il pourrait contribuer aux négociations grâce à sa connaissance de l’État congolais. Il aura accès aux acteurs du front et, s’il a la capacité de les influencer, il pourra leur demander un arrêt des combats, aider à leur désarmement et au rétablissement de l’autorité de l’État dans ces régions. Ce sont les résultats qui pourraient lui permettre de contribuer à l’unité du pays et d’amoindrir l’emprise de Kigali sur les décisions prises au sein du front.

Tout ce que j’attends de Félix est aussi valable pour Kabila. Il devra se soumettre à la Constitution. Ne pas revenir à la tête de l’État après les deux mandats autorisés. Laisser les élections décider de son avenir politique. Il devra également renoncer à accéder au pouvoir par la force des armes et à donner des grades et des postes en échange d’une trêve. Il a l’avantage de son expérience, mais on le jugera selon ses actions.

Soutenir la République ne veut pas dire soutenir le pouvoir. Rappeler la chronologie des événements ne signifie pas soutenir Kabila. On nous enferme dans un sophisme du faux dilemme, qui consiste à nous présenter deux voies, soit Félix, soit Kabila. Pourtant, une troisième voie existe, celle de la République, c’est-à-dire les principes de l’État, ses valeurs, sa Constitution, le respect des procédures si une révision est envisagée et l’intégrité territoriale, que je tiens pour sacrés. C’est la mienne.

Félix est président ; sa posture doit lui permettre de trouver des solutions adaptées à cette situation. Il doit s’engager à ne pas modifier la Constitution pour rester au pouvoir, à ne pas briguer un troisième mandat et à partir à la fin de son mandat. Ce serait un pas en avant, qui affaiblirait l’un des arguments de Kabila et permettrait une solution politique sans bain de sang inutile ni argent gaspillé dans l’effort de guerre. Dans le respect de la limitation constitutionnelle à deux mandats présidentiels, ni Kabila ni Félix ne devraient donc être candidats à la prochaine élection présidentielle.

Les discussions pourraient alors porter sur l’avenir du pays plutôt que sur le maintien ou le retour de l’un des deux au pouvoir. Félix devra discuter avec Kabila, les acteurs politiques et ceux qui peuvent amener les belligérants à cesser le feu sur le terrain. Il faudra parvenir à un accord de cessez-le-feu et à un processus politique qui permettra d’organiser des élections. Pour moi, Kabila peut être un partenaire de discussion fiable pour trouver une issue politique, vu sa stature et sa maîtrise de l’État congolais.

Mais discuter implique aussi de fixer les limites d’un accord. Pas de brassage, pas de mixage, pas d’intégration globale des combattants du M23, de l’AFC et du FRN dans les FARDC. Ils devront être démobilisés et passer par un processus qui leur permettra d’être réintégrés dans la société civile. Ceux qui ont commis des crimes seront traduits en justice et les victimes indemnisées.

La recherche d’un accord devra aussi s’appuyer sur une armée capable de défendre le pays. Si Félix décide de mener cette guerre, il devra fournir à l’armée les moyens de la gagner. Après toutes ces années, il faudra réformer le commandement, lutter contre la corruption, mieux payer les soldats, les équiper, développer le renseignement et former les militaires. On ne peut pas continuer à avoir une armée qui ne sait pas ce qu’elle fait et des Wazalendo pour la compléter. Je plaide pour une mobilisation générale, avec l’objectif d’atteindre un million de militaires formés, équipés et disciplinés.

Cette capacité de défense est d’autant plus nécessaire que la guerre menace les ressources qui font fonctionner l’État. Si les hommes de Kabila et du M23 parviennent à atteindre le Katanga, l’État perdra encore une part des revenus qui lui permettent d’administrer le pays et de protéger son peuple.

C’est autour de ces exigences que le camp de la République doit se construire. Il nous permet de défendre notre intégrité territoriale et notre armée, de mettre fin aux intégrations globales et de respecter la Constitution. Il nous permet de discuter sans tomber dans le piège de la reddition et de défendre notre pays sans laisser aux rebelles la possibilité d’arriver au pouvoir par les armes. Les actes de Joseph Kabila nous diront s’il nous mène à préserver l’unité de la RDC ou à perdre une partie de notre territoire entre les mains d’un pays étranger.

Joël Kamala Mwindo
Auteur et essayiste

Crédit photo à la source : Cia Pak, diffusée par MONUSCO, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia commons

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