Logement, santé, impôts, épicerie, immigration, écoles ; ce que promettent les cinq principaux partis pour les quatre prochaines années, comment ils comptent s’y prendre et ce que leurs choix peuvent changer dans la vie des Québécois.
Le loyer qui monte plus vite que le salaire. La chirurgie repoussée de plusieurs mois. La première maison qui s’éloigne un peu plus chaque année. Ces réalités touchent directement la vie des Québécois. Quand le logement coûte davantage, une plus grande part du revenu disparaît chaque mois dans le loyer. Quand les délais s’allongent en santé, une personne peut attendre des mois avant d’être examinée, soignée ou opérée. Quand le prix des propriétés augmente plus vite que les revenus, l’achat d’une première maison devient plus difficile et plusieurs familles restent locataires plus longtemps. Les décisions du prochain gouvernement sur la construction, les soins, les impôts et le coût de la vie auront donc des conséquences très concrètes sur le budget, la santé et les projets de vie de la population.
Le 5 octobre, environ 6,4 millions d’électeurs inscrits désigneront les députés de 127 circonscriptions. Il en faut 64 pour gouverner seul. La campagne a commencé le 27 août et cinq partis s’affrontent avec des réponses franchement différentes. Les voici par ordre alphabétique. Le même fil guidera la comparaison, soit le logement, la santé, le coût de la vie, l’immigration, les écoles et les finances publiques.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, aux côtés du premier ministre canadien, Mark Carney, lors d’une annonce à la Davie, le 24 août 2026
La Coalition avenir Québec
Le parti sortant, dirigé par Christine Fréchette, demande un nouveau mandat en promettant surtout d’accélérer les décisions. En logement, la CAQ veut réduire de moitié certains délais d’autorisation. Concrètement, des projets qui attendent plusieurs mois avant d’obtenir les permis nécessaires pourraient avancer plus rapidement. Le parti veut aussi adapter les exigences de construction à la taille et au niveau de risque de chaque projet, afin qu’un petit immeuble résidentiel et un projet beaucoup plus complexe ne soient pas soumis exactement au même parcours administratif. L’objectif est de réduire le temps et les coûts avant le début des travaux pour permettre à davantage de logements de sortir de terre.
La CAQ veut également faire passer le crédit d’impôt pour l’achat d’une première propriété de 1 400 à 7 000 dollars. Pour un premier acheteur, cela signifie une aide financière plus importante au moment où s’accumulent les frais liés à l’achat d’une maison, comme le notaire, le déménagement ou d’autres dépenses de départ. Le parti mise donc sur deux moyens à la fois, construire plus vite et aider davantage ceux qui veulent acheter leur première propriété.
En santé, la CAQ propose de regrouper les listes d’attente afin d’envoyer chaque patient là où une place se libère. Après six mois, une autre possibilité serait offerte dans le réseau public. Après neuf mois, une clinique privée pourrait prendre le relais, avec une facture payée par l’État. Le parti achèterait aussi 100 000 examens d’imagerie par année dans des cliniques privées, notamment des résonances magnétiques, des scans et des échographies.
Pour les familles, la CAQ ajouterait 25 000 places de garderie subventionnées d’ici 2030 et offrirait une prime de 10 000 dollars pour attirer de nouvelles éducatrices. Le parti bonifierait aussi l’allocation de rentrée scolaire. En immigration, la CAQ maintiendrait le plan gouvernemental actuel de 45 000 admissions permanentes par année. Aucune baisse générale d’impôt à court terme n’est prévue et le retour à l’équilibre budgétaire reste fixé à 2029-2030.
Ce que cela suppose. Le programme coûte 9,7 milliards de dollars selon les chiffres du parti. La Presse a relevé un manque à gagner d’environ 6 milliards, tandis que près de 8 milliards restent sans affectation précise. Une partie du financement dépend aussi de transferts fédéraux en santé qui restent à confirmer. Une portion du plan repose donc sur de l’argent qu’Ottawa n’a pas encore promis.

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec.
Le Parti conservateur du Québec
Éric Duhaime propose la rupture la plus nette. Sa mesure phare ferait passer de 18 952 à 35 242 dollars la partie du revenu sur laquelle aucun impôt provincial n’est payé. Sous ce seuil, aucun impôt québécois sur le revenu ne serait donc perçu. L’impôt des entreprises baisserait aussi de 59 %.
Sur le coût de la vie, le PCQ promet 33 cents de moins le litre à la pompe en abolissant le marché du carbone et en suspendant pendant cinq mois la taxe québécoise sur les carburants. En logement, le parti mise sur moins de règles, davantage de terrains ouverts à la construction et des allocations versées aux locataires plutôt que sur la construction de nouveaux logements publics.
En santé, le PCQ garantirait un délai maximum pour les chirurgies, les examens et les rendez-vous avec un spécialiste. Une fois ce délai dépassé, le patient pourrait recevoir son soin ailleurs, y compris dans le privé, aux frais de la RAMQ. Le parti abolirait Santé Québec et réduirait d’un quart l’administration centrale du réseau.
Les familles qui gardent leur jeune enfant à la maison recevraient 100 dollars par semaine, jusqu’à 5 200 dollars par année. Le crédit d’impôt pour les garderies non subventionnées serait également augmenté. En immigration, le PCQ insiste davantage sur la natalité que sur une cible annuelle précise.
Ce que cela suppose. Pour financer son programme, le PCQ annonce 47 milliards de dollars de compressions sur cinq ans et 20 000 postes de moins dans la fonction publique. Une partie des revenus attendus dépend aussi de la croissance économique que les baisses d’impôt doivent provoquer. Si cette croissance arrive moins vite, les économies prévues prennent encore plus de poids. Quant à la baisse du prix de l’essence, son effet complet dépend du transfert de la taxe retirée jusqu’au prix affiché à la pompe.

Charles Milliard chef du Parti libéral du Québec
Le Parti libéral du Québec
Charles Milliard mise sur la construction et l’économie. Son objectif à long terme est de 100 000 nouveaux logements par année. Le PLQ prévoit aussi 1,5 milliard de dollars pour ajouter 40 000 logements sociaux et abordables en cinq ans, notamment pour les personnes en situation d’itinérance, les jeunes qui quittent la protection de la jeunesse, les aînés et les étudiants.
Pour les résidences privées pour aînés, le parti veut encadrer les hausses de loyer. Le loyer moyen y est passé de 2 253 dollars par mois en 2022 à 2 655 dollars en 2026. Le PLQ veut également réduire les démarches administratives imposées aux petites et moyennes entreprises.
En santé, les libéraux créeraient un service public de consultation à distance, par téléphone ou par vidéo, avec une infirmière ou un médecin. Les rendez-vous en personne seraient réservés aux situations qui exigent un examen physique. Dans les écoles, le parti ajouterait 1 000 ressources spécialisées, notamment des psychologues, des orthopédagogues et des techniciens en éducation spécialisée.
En immigration, le PLQ conteste le lien établi par le PQ entre le nombre de nouveaux résidents et le débordement des classes, sans avoir annoncé de cible annuelle précise à ce jour. Pour réduire les dépenses de l’État, le parti supprimerait 12 000 postes en cinq ans en laissant partir des employés sans les remplacer. Le PLQ prévoit ainsi économiser 1,7 milliard de dollars tout en protégeant la santé, l’éducation et la culture.
Ce que cela suppose. La cible de 100 000 logements correspond au nombre que la Société canadienne d’hypothèques et de logement juge nécessaire pour rétablir l’abordabilité au Québec d’ici dix ans. Au premier semestre de 2026, un peu plus de 26 000 logements ont été mis en chantier, soit un rythme annuel d’environ 52 000. Atteindre l’objectif libéral demande donc presque de doubler le rythme actuel de construction.

Paul St-Pierre Plamondon chef du Parti québécois
Le Parti québécois
Paul St-Pierre Plamondon relie fortement la propriété, l’immigration et la santé. Son parti rembourserait jusqu’à 45 000 dollars de TVQ à une personne qui achète une maison neuve ou fait construire la sienne. Le crédit d’impôt pour un premier achat passerait de 1 400 à 3 000 dollars. Le PQ veut aussi uniformiser le Code du bâtiment partout au Québec et accélérer les permis pour les bâtiments préfabriqués.
Sur le coût de la vie, le parti abolirait la TVQ sur les biens d’occasion. Sur une voiture usagée de 28 000 dollars, l’économie atteindrait environ 2 800 dollars. Entre particuliers, les meubles et les vêtements sont déjà vendus sans TVQ, ce qui fait que la mesure toucherait surtout les véhicules et les commerces d’occasion.
En immigration, le PQ veut ramener les admissions permanentes à environ 35 000 personnes par année, contre 45 000 prévues actuellement. Le nombre de résidents temporaires passerait d’environ 500 000 à une fourchette de 200 000 à 250 000. Le parti relie directement cette baisse à la pression sur les logements et les classes.
En santé, le PQ abolirait Santé Québec afin de réinvestir au moins 40 millions de dollars dans les soins et de redonner davantage de décisions aux régions. Le parti ne promet pas de baisse générale d’impôt et veut organiser de grandes rencontres publiques sur l’avenir de l’éducation.
Ce que cela suppose. Santé Québec compte environ 1 300 personnes à son siège social, mais l’organisation demeure l’employeur unique d’environ 330 000 travailleurs du réseau. Son abolition remplacerait donc une structure de gestion sans faire disparaître le personnel soignant. Les 40 millions annoncés représentent moins d’un dixième de 1 % des quelque 59 milliards de dépenses publiques en santé.
L’indépendance reste au cœur du projet péquiste. Paul St-Pierre Plamondon s’est toutefois engagé le 17 août à attendre la fin de la présidence de Donald Trump avant de tenir un référendum.

Québec solidaire, représenté par ses porte-parole Ruba Ghazal et Sol Zanetti
Québec solidaire
Porté par Ruba Ghazal et Sol Zanetti, Québec solidaire choisit une intervention directe de l’État. En logement, le parti prêterait jusqu’à 50 000 dollars aux premiers acheteurs pour leur mise de fonds. Il rachèterait et rénoverait aussi des immeubles afin de remettre 2 000 logements sur le marché à environ 25 % sous le prix courant. Les hausses de loyer seraient temporairement limitées au niveau de l’inflation et un registre permettrait de connaître le montant payé par le locataire précédent.
En santé, QS ouvrirait 400 points de services inspirés des CLSC, dont 200 dès un premier mandat, pour un coût annoncé de 1,8 milliard de dollars par année. L’objectif est de permettre aux citoyens de consulter plus facilement une infirmière, un psychologue ou un ergothérapeute sans passer par l’urgence.
Sur le coût de la vie, le salaire minimum passerait à 20 dollars l’heure et des épiceries publiques seraient créées. Dans les écoles, QS ajouterait 1 500 employés de soutien et 500 professionnels et offrirait des repas gratuits. En immigration, le parti fixe la cible à 70 000 personnes par année, veut favoriser davantage l’installation en région et rétablir le Programme de l’expérience québécoise. Québec solidaire défend également l’indépendance, préparée par une assemblée constituante.
Ce que cela suppose. Québec solidaire veut financer une partie de ces mesures avec un impôt sur les grandes fortunes. Le taux serait de 1 % à partir de 25 millions de dollars et de 2 % au-delà de 100 millions. Environ 4 000 ménages seraient concernés et le parti prévoit des revenus de 5 milliards de dollars par année.
Cinq milliards répartis sur 4 000 ménages représentent en moyenne 1,25 million de dollars par ménage et par année. Le rendement annoncé repose donc sur des fortunes très importantes et sur la capacité de l’État à les évaluer et à les imposer. Une étude de l’IRIS publiée en 2025 arrivait à près de 6 milliards avec d’autres paramètres. Le ministre des Finances sortant avance pour sa part le risque d’un départ de certains capitaux. Deux calculs s’affrontent donc derrière une même question. Combien le Québec peut-il réellement tirer d’un impôt sur les très grandes fortunes?
Cinq paris, pas cinq recettes
Derrière ces programmes se trouvent des paris très différents.
Baisser les impôts laisse davantage d’argent aux contribuables et réduit les revenus de l’État, sauf si des économies ou une croissance nouvelle comblent l’écart. Taxer les grandes fortunes apporte de nouveaux revenus tant que ces fortunes restent imposables au Québec. Accélérer les permis peut augmenter le nombre de logements si les travailleurs et le financement suivent. Encadrer les loyers protège directement les locataires déjà installés et agit moins directement sur le nombre de nouveaux logements.
Payer des soins privés avec de l’argent public ajoute des endroits où les patients peuvent être traités et déplace aussi une partie des ressources humaines vers ces cliniques. Ouvrir de nouveaux points de services publics rapproche les soins de la population et exige en même temps suffisamment de personnel pour les faire fonctionner. Abolir une structure administrative peut libérer de l’argent, mais aucun organigramme supprimé ne crée à lui seul un médecin ou une infirmière.
Voter, c’est choisir lequel de ces paris paraît le plus solide.
Ce dont on parle peu
L’environnement occupe peu de place dans les annonces quotidiennes, alors que plusieurs grandes décisions de la campagne auront des conséquences directes sur le territoire et l’énergie. L’entente de 70 milliards de dollars sur Churchill Falls et les 10 700 mégawatts qu’elle doit livrer au Québec, le troisième lien entre Québec et la Rive-Sud, le financement du transport collectif, l’abolition du marché du carbone proposée par le PCQ et la construction de dizaines de milliers de logements touchent tous à la manière dont le Québec se déplace, produit son énergie et aménage son territoire.
Le climat se fait discret dans les discours, mais reste présent dans les décisions.

Un bureau de vote d’Élections Québec prêt à accueillir les électeurs.
Comment voter
Pour voter, il faut avoir 18 ans le 5 octobre, posséder la citoyenneté canadienne, habiter le Québec depuis au moins six mois et être inscrit sur la liste électorale. La résidence permanente seule ne donne pas accès au vote provincial.
L’inscription sur la liste est décisive. Plus de 400 000 personnes admissibles n’y figurent pas et plus de 100 000 sont inscrites à une ancienne adresse. La vérification prend quelques minutes sur le site d’Élections Québec. Les corrections peuvent être faites du 14 septembre au 1er octobre, avec une possibilité de correction en ligne jusqu’au 21 septembre à 21 h.
Plusieurs journées permettent ensuite de voter. Les bureaux du directeur du scrutin accueillent les électeurs les 25, 26, 29 et 30 septembre ainsi que le 1er octobre. Le vote par anticipation a lieu les 27 et 28 septembre, de 9 h 30 à 20 h. Le jour du scrutin, le lundi 5 octobre, les bureaux sont ouverts aux mêmes heures.
Une pièce d’identité suffit parmi les documents acceptés, notamment la carte d’assurance maladie, le permis de conduire, le passeport canadien, le certificat de statut d’Indien ou la carte des Forces canadiennes.
Les étudiants peuvent voter directement sur leur campus, dans les cégeps, les collèges, les centres de formation et les universités. Leur bulletin compte dans la circonscription de leur domicile officiel. Une personne qui étudie à Montréal avec une adresse officielle à Chicoutimi peut donc voter sur son campus montréalais pour un candidat de Chicoutimi.
Tout employé a aussi droit à quatre heures consécutives pour aller voter pendant les heures d’ouverture du scrutin, sans perte de salaire et sans compter les pauses repas. La demande doit être faite à l’avance auprès de l’employeur.
Pour vérifier votre inscription, connaître votre lieu de vote ou consulter les différentes façons de voter, rendez-vous sur le site officiel d’Élections Québec.
Aux 18 à 35 ans
En 2022, 54 % des électeurs de 18 à 24 ans ont voté. Même proportion chez les 25 à 34 ans. Chez les 65 à 74 ans, la participation atteignait 78 %. Vingt-quatre points séparaient les deux générations, pour une moyenne générale de 66 %.
Cet écart se paie politiquement. Les partis savent quelles générations se déplacent aux urnes. Pourtant, relisez les promesses présentées plus haut : accès à la propriété, places en garderie, salaire minimum, prix de l’essence et de l’épicerie, attente pour voir un médecin. Une grande partie de cette campagne touche directement le budget et l’avenir des 18 à 35 ans.
Entre 18 et 35 ans se prennent plusieurs des premières grandes décisions de la vie adulte. Les études se terminent, le premier emploi stable arrive, le premier appartement aussi, parfois un premier enfant, parfois une première maison. Le loyer, le salaire, l’impôt, le transport, la garderie, l’épicerie et l’accès à un médecin entrent directement dans ce budget.
Une génération qui se déplace en grand nombre devient une génération que les partis doivent écouter. Le vote transforme les préoccupations d’une génération en poids politique.
Aux 18 à 35 ans, informez-vous, comparez les programmes et allez voter. Regardez ce que chaque parti promet, comment il compte agir et ce que ses choix peuvent changer dans votre vie.
Le 5 octobre, prenez votre place dans la décision. Informez-vous, comparez les projets et allez voter. Le prochain gouvernement prendra des décisions qui toucheront votre logement, votre travail, vos impôts, vos soins et votre avenir. Faites en sorte que votre voix fasse partie du choix.
Joël Kamala Mwindo, Auteur et essayiste
Crédit photo à la Une : Élection Québec | photo 1 : TVA | photo 2 , 3 , 4 : La Presse | Crédit photo 5 : Élection Québec
