Le plus grand projet frontalier entre le Canada et les États-Unis depuis plusieurs décennies entrera finalement en service le 27 juillet. Après des mois d’incertitude, Ottawa a annoncé vendredi avoir trouvé un compromis avec l’État du Michigan et l’administration américaine, mettant un terme à un dossier qui avait pris une tournure politique inattendue.
Longtemps présenté comme un symbole du renforcement des échanges entre les deux pays, le pont Gordie-Howe avait pourtant vu son inauguration être suspendue quelques jours avant la date prévue. L’ouverture, initialement fixée au 12 juin, avait été gelée à la demande de responsables américains qui réclamaient un règlement des questions liées à l’exploitation de l’ouvrage et au partage des revenus issus des péages.
Ce blocage avait rapidement dépassé le cadre technique. Donald Trump s’était opposé à la mise en service du pont, estimant que les États-Unis devaient tirer un avantage financier d’une infrastructure pourtant construite grâce à un investissement de 6,4 milliards de dollars entièrement assumé par le gouvernement canadien. Cette prise de position avait alimenté une vive controverse à Washington.
Le dossier s’est complexifié après les révélations du New York Times, selon lesquelles Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, avait rencontré Matthew Moroun, héritier de la famille propriétaire du pont Ambassadeur, quelques heures avant les critiques publiques de Donald Trump. Les Moroun combattent depuis des années le projet Gordie-Howe, qu’ils considèrent comme une menace pour leur monopole sur la traversée entre Windsor et Détroit. Ces révélations ont conduit des élus démocrates à ouvrir une enquête sur une possible influence politique.
L’accord annoncé vendredi ne se limite pas à fixer une date d’ouverture. Ottawa indique que les deux pays ont convenu d’instaurer un mécanisme commun de gouvernance des péages ainsi qu’un Fonds de développement économique qui sera alimenté pendant quinze ans par une partie des bénéfices générés par les deux ponts. Les modalités financières de ce dispositif n’ont toutefois pas été rendues publiques.
L’incertitude demeure également sur le partage futur des recettes. L’entente de 2012 prévoyait que le Canada récupère d’abord l’intégralité des revenus afin de rembourser les coûts de construction avant un partage avec le Michigan. Or, selon Mike Rogers, candidat républicain au Sénat américain, un nouvel accord permettrait désormais aux États-Unis de percevoir jusqu’à 50 % des recettes de péage, signe que les négociations ont abouti à un compromis plus favorable à Washington.
Crédit Photo A La Une : Dr. Tiers
