En Ituri, la fuite tourne en rond. Partout ailleurs, lorsque les armes surgissent, les jambes prennent instinctivement la direction opposée. Elles emportent le corps loin du lieu où la mort vient d’apparaître, vers un espace que l’espoir imagine encore sûr. En Ituri, chaque direction possède désormais son propre danger. Les assaillants dispersent les familles sur des routes où circule un autre péril. EBOLA avance au milieu des corps épuisés, des dispensaires désertés et des foules entassées dans des abris de fortune. Les armes provoquent la fuite; le virus recueille le désordre. L’un frappe à visage découvert, l’autre voyage silencieusement parmi ceux qui cherchent refuge. Les mères se retrouvent alors devant deux menaces. Rester les expose au retour des assaillants. Partir les conduit vers des routes incertaines, des camps surpeuplés ou des localités déjà touchées par l’épidémie. Chaque choix promet une chance de survie tout en dissimulant une nouvelle forme de mort. En Ituri, fuir revient désormais à négocier avec l’enfer, dans l’espoir que la direction choisie accordera quelques heures d’avance à la vie.
Dans la nuit du 7 au 8 août 2026, des combattants des Forces démocratiques alliées, les ADF, ont attaqué Banana École, une localité du groupement Bapongomo située à une vingtaine de kilomètres de Mambasa-centre, sur l’axe routier reliant Mambasa à Kisangani, dans la province de l’Ituri. Au moins 13 personnes ont été tuées et 14 autres ont été emportées par les assaillants, dont un homme et son épouse enlevés le samedi matin vers 6 heures. Des boutiques, 2 camions et 3 motos ont été incendiés. Les recherches se poursuivaient encore dans les villages voisins et le bilan risquait de s’alourdir en raison de l’isolement de la zone et des difficultés de communication.
Cette attaque prolonge une série. Entre le 30 et le 31 juillet, 10 corps avaient été découverts dans une église des Frères en Christ à Munguiko, dans le même territoire de Mambasa, où des fidèles participaient à une veillée de prière. Le 27 juillet, un corps avait été retrouvé sur l’axe Makumo-Mantumbi. Mambasa vit désormais au rythme des meurtres, des enlèvements et des incendies.
Cette violence frappe une province déjà ravagée par une épidémie d’une ampleur exceptionnelle. Au 3 août 2026, la République démocratique du Congo comptait 3 874 cas confirmés de maladie à virus Ebola, répartis dans 51 zones de santé et 5 provinces, avec 717 patients en isolement ou hospitalisés et 749 guérisons enregistrées depuis le début de la flambée. L’Ituri demeure l’épicentre. L’Organisation mondiale de la santé qualifie cette flambée de plus grande épidémie d’Ebola jamais signalée en République démocratique du Congo. Elle est causée par le virus Bundibugyo, une souche rare dont l’homologation d’un vaccin demeure attendue, alors que les premiers essais cliniques de traitements viennent de démarrer.

Des membres d’une équipe sanitaire en tenue de protection lors de la riposte contre Ebola à Bunia, dans la province de l’Ituri.
La guerre et l’épidémie empruntent désormais les mêmes routes, traversent les mêmes villages et pénètrent les mêmes familles. Les armes tuent immédiatement. Le virus avance autrement, porté par les ruptures que la violence laisse derrière elle. Entre les deux se trouve une population à laquelle personne ne peut garantir où la survie demeure encore possible.
Le paradoxe devient plus révoltant lorsqu’on examine l’identité des assaillants. Les ADF sont un groupe armé d’origine ougandaise, créé dans les années 1990 pour combattre le pouvoir de Yoweri Museveni. Leur projet initial concernait directement la politique ougandaise et s’est constitué autour de militants islamistes ougandais ainsi que de combattants issus de la National Army for the Liberation of Uganda. Pourtant, ce mouvement a installé son principal sanctuaire dans l’est de la République démocratique du Congo et transformé les populations congolaises en victimes permanentes d’un conflit né ailleurs.
Repoussées par l’armée ougandaise, les ADF ont progressivement déplacé leur centre de gravité vers les montagnes du Rwenzori et les forêts de l’est congolais. L’affaiblissement de l’État zaïrois à l’époque, les guerres successives, la porosité de la frontière et l’inaccessibilité de certaines régions leur ont offert un territoire suffisamment désorganisé et difficile à contrôler pour y établir des camps, former des combattants, recruter, commercer et consolider leur implantation loin de l’ennemi qu’elles prétendaient combattre en Ouganda. Ce qui aurait pu n’être qu’une retraite provisoire s’est ainsi transformé en implantation durable.
Cette contradiction devrait troubler chaque Congolais. Comment un groupe créé par des Ougandais contre Kampala a-t-il pu faire de la RDC le territoire permanent de sa survie? Pourquoi des paysans congolais sont-ils assassinés au nom d’une lutte politique dans laquelle ils n’ont jamais joué aucun rôle? Par quelle faillite territoriale une rébellion étrangère a-t-elle obtenu le pouvoir de s’enraciner, de recruter, de circuler et de tuer pendant des décennies sur le sol congolais?
Les dirigeants que les ADF prétendaient combattre ont depuis longtemps cessé de constituer les principales victimes de leur violence. Celle-ci frappe désormais surtout des familles congolaises incapables d’influencer la politique ougandaise. Le groupe enlève des cultivateurs, exécute des voyageurs et terrorise des villages éloignés des centres de décision. Son ancienne ambition politique s’est transformée en économie de la terreur. La prétendue guerre contre Kampala est devenue une guerre permanente contre les civils congolais.
La participation actuelle de l’armée ougandaise aux opérations menées contre les ADF ne doit pas effacer cette réalité. L’Ouganda intervient aujourd’hui au Congo pour combattre un mouvement né sur son propre territoire, pendant que la population congolaise continue de payer le prix humain de cette longue délocalisation de la violence. Kampala peut présenter son intervention comme une contribution à la sécurité régionale. Kinshasa doit néanmoins empêcher que l’origine du problème disparaisse derrière le récit de la coopération militaire.
Après chaque attaque, les habitants se dispersent vers les villages voisins, les centres urbains, les familles d’accueil ou les sites de déplacés. Parmi eux peuvent se trouver des personnes infectées qui ne présentent encore aucun symptôme. La violence transforme alors un problème localisé en mouvement humain difficile à suivre. Les chaînes de transmission deviennent plus complexes au moment même où les équipes sanitaires perdent la possibilité de retrouver les malades, d’identifier leurs contacts et de surveiller leur évolution.
La guerre produit ainsi un déséquilibre particulièrement dangereux. Elle rend les personnes potentiellement infectées mobiles tandis qu’elle immobilise les soignants devant les routes dangereuses, les barrages et les territoires devenus inaccessibles. Les cartes sanitaires cessent de correspondre à la réalité humaine du terrain. Une famille recensée dans un village peut se retrouver quelques heures plus tard dispersée dans plusieurs localités, emportant avec elle des contacts que personne ne parvient plus à retracer.
Les ADF n’ont donc pas besoin d’approcher un malade pour aggraver les conséquences d’Ebola. En détruisant des villages, en incendiant des habitations et en provoquant des déplacements massifs, leurs attaques désorganisent précisément les mécanismes dont dépend le contrôle d’une épidémie. Une route coupée retarde l’accès aux soins. Une population dispersée complique la recherche des contacts. Une campagne de prévention interrompue laisse davantage de place à la peur, aux rumeurs et aux diagnostics tardifs. La violence armée et le virus demeurent deux menaces distinctes, mais le désordre créé par la première peut offrir au second les conditions de sa propagation.

Des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la République démocratique du Congo.
La guerre détruit également une ressource essentielle dans la lutte contre Ebola, la confiance. Une population qui s’est sentie abandonnée face aux massacres peut difficilement accueillir sans méfiance les représentants de l’État lorsqu’ils reviennent principalement pour imposer des mesures sanitaires, rechercher des contacts ou isoler des malades. Pour certaines familles, la contradiction est difficile à accepter. L’autorité qui n’a pas réussi à protéger leur village leur demande ensuite de lui confier leurs proches et de suivre ses consignes. Lorsque les équipes médicales doivent circuler sous escorte armée, cette méfiance peut encore s’accentuer. La médecine risque alors d’être associée au pouvoir politique ou aux forces de sécurité plutôt qu’à la protection des malades. Or, sans confiance, les habitants peuvent cacher des symptômes, refuser le dépistage, éviter les centres de traitement ou dissimuler leurs contacts. La rupture entre la population et les institutions devient ainsi un facteur supplémentaire de propagation de l’épidémie.
La réponse nationale doit donc coordonner les opérations militaires, la protection des civils et les interventions sanitaires. Toute attaque provoquant un déplacement important de population devrait entraîner rapidement le déploiement d’équipes mobiles capables d’identifier les personnes malades, de rechercher leurs contacts, d’informer les familles et de les orienter vers les structures de soins. Les routes utilisées pour les évacuations, les centres de traitement, les laboratoires et les sites accueillant des déplacés doivent également bénéficier d’une protection suffisante pour continuer à fonctionner.
Dans une province confrontée simultanément aux groupes armés et à Ebola, la sécurité territoriale devient une composante de la sécurité sanitaire. Sécuriser un village permet aux équipes de retrouver les malades et leurs contacts. Maintenir une route ouverte permet aux ambulances, aux médicaments et aux soignants de circuler. Stabiliser un site de déplacés facilite l’identification des cas suspects et limite les déplacements incontrôlés. La réussite d’une opération militaire ne se mesure donc plus seulement au nombre de positions conquises ou de combattants neutralisés. Elle se mesure à ce qu’elle restitue aux vivants.
Depuis 2021, les armées congolaise et ougandaise mènent des opérations conjointes contre les ADF. Leur efficacité ne devrait pas seulement être évaluée par le nombre de positions conquises ou de combattants neutralisés. Elle doit également se mesurer à la sécurité retrouvée par les populations. Les habitants peuvent-ils rester dans leurs villages, cultiver leurs champs, envoyer leurs enfants à l’école et rejoindre un centre de santé sans risquer leur vie ? Si les ADF abandonnent une zone pour attaquer ailleurs, la menace n’a pas disparu. Elle s’est déplacée. Le véritable résultat militaire se mesure donc à la capacité de rendre durablement les territoires habitables et accessibles aux services de l’État.
Cette coopération ne peut toutefois être pensée comme une alliance fondée sur la confiance. Elle s’inscrit dans une relation marquée par des décennies de guerres, d’ingérences, de rivalités régionales et de soupçons persistants.
Pour saisir l’ampleur de cette défiance, il faut revenir à ce que l’on pourrait appeler la mémoire en fusion du Congo. La deuxième guerre du Congo, entre 1998 et 2003, dépasse le simple cadre de l’ingérence étrangère, puisqu’elle a durablement façonné, pour toute une génération, la perception congolaise du Rwanda et de l’Ouganda. L’intervention militaire ougandaise sur le territoire congolais, dont la responsabilité a ensuite été établie par la Cour internationale de Justice pour plusieurs violations commises en RDC, a montré que Kampala pouvait considérer l’est congolais comme un espace de projection stratégique lorsque ses propres intérêts sécuritaires, politiques ou économiques étaient en jeu.
Le drame de Kisangani en juin 2000 cristallise cette mémoire. Les armées ougandaise et rwandaise, toutes deux engagées militairement au Congo, à 1 500 kilomètres de leurs frontières , s’affrontèrent directement dans les rues d’une ville congolaise. Les habitants devinrent les victimes d’une confrontation entre deux puissances étrangères réglant leurs différends sur le territoire d’un troisième État. Pour une partie de l’opinion congolaise, Kisangani a durablement installé l’idée que l’est du pays pouvait être traité par certains voisins comme une extension de leur propre champ de bataille, un espace où leurs alliances, leurs rivalités et leurs intérêts régionaux pouvaient se déployer au détriment de la souveraineté congolaise.

Des soldats rwandais patrouillent dans les rues de Kisangani après les affrontements entre les armées rwandaise et ougandaise, en juin 2000.
L’opération Shujaa incarne aujourd’hui le caractère presque schizophrénique de la relation entre Kinshasa et Kampala. D’un côté, l’Ouganda déploie ses troupes aux côtés de l’armée congolaise pour combattre les ADF, un mouvement né sur son territoire et historiquement dirigé contre son pouvoir. De l’autre, des experts des Nations unies ont accusé certains responsables ougandais d’avoir entretenu des liens avec le M23, accusations que Kampala conteste. Cette contradiction nourrit une méfiance stratégique difficile à dissiper. Kinshasa se retrouve ainsi à coopérer militairement avec un État dont les intérêts régionaux ne coïncident pas nécessairement avec les siens.
L’Ouganda apparaît dès lors moins comme un partenaire naturellement aligné sur les intérêts congolais que comme un allié de circonstance. La coopération militaire relève d’un mariage de raison fondé sur un ennemi commun, les ADF, et non sur une convergence complète des objectifs stratégiques. Cette différence est essentielle. Kampala cherche d’abord à neutraliser les menaces susceptibles d’atteindre son propre territoire et à préserver une profondeur stratégique à l’ouest de sa frontière. Kinshasa, lui, doit restaurer son autorité, protéger ses populations et empêcher toute fragmentation durable de son territoire. Cette asymétrie d’intérêts rend la confiance fragile et impose une vigilance permanente.
La prise de Bunagana par le M23 en juin 2022 a fortement renforcé la méfiance envers l’Ouganda. La ville se trouve directement à la frontière ougandaise et, selon les experts des Nations unies, des combattants du M23 ainsi que leurs soutiens ont pu transiter par le territoire ougandais lors de cette offensive. Le même rapport a ensuite accusé des responsables ougandais d’avoir apporté un soutien au mouvement, ce que Kampala conteste.
Les déclarations de Muhoozi Kainerugaba, fils de Yoweri Museveni et chef de l’armée ougandaise, ont encore nourri cette méfiance lorsqu’il a publiquement présenté les combattants du M23 comme ses « frères ». Pour Kinshasa, ces éléments montrent que l’Ouganda peut combattre les ADF aux côtés de la RDC tout en poursuivant parallèlement ses propres intérêts et relations dans l’est congolais.
La RDC doit donc disposer d’un mécanisme indépendant chargé de superviser l’opération Shujaa, d’examiner les mouvements des troupes étrangères et de retracer les chaînes de ravitaillement des ADF. La présence d’une armée étrangère ne peut être durablement acceptée sans transparence sur ses objectifs, ses renseignements, ses opérations et la durée de son engagement.
L’Ouganda porte une responsabilité particulière dans cette affaire. Les ADF sont nées sur son territoire. Kampala ne peut limiter son rôle à l’envoi de soldats chargés de combattre au Congo les conséquences d’une rébellion ougandaise. La coopération doit également inclure le partage des renseignements, la surveillance des frontières et le démantèlement des réseaux financiers, logistiques et idéologiques qui permettent au mouvement de recruter, de se financer et de se maintenir.
Kinshasa doit toutefois rester maître de cette coopération. Les opérations conduites sur le territoire congolais doivent répondre à des objectifs définis par l’État congolais et demeurer sous son autorité politique et militaire. Une alliance suppose une coopération entre États ; elle ne doit jamais conduire à une dépendance stratégique ou à une perte de contrôle sur les décisions prises à l’intérieur du territoire national.
Mais reprendre le contrôle militaire d’un territoire ne suffit pas lorsque la guerre a déjà détruit les conditions mêmes qui permettaient d’y vivre. L’homme d’Ituri, hier maître de sa parcelle, devient un assisté chronique, humilié par la manne humanitaire qu’il doit mendier, et son grenier vide emporte avec lui la fierté de sa subsistance. Les boutiques incendiées valent des sépultures d’avenirs.
La communauté internationale, elle aussi, doit comprendre que la sécurité sanitaire mondiale commence par la sécurité des Congolais. Cette sécurité dépasse les couloirs humanitaires, puisque la survie d’un peuple passe par la continuité de ses gestes nourriciers, de ses rites d’enterrement et de son organisation clanique. Le financement des laboratoires est vain s’il ne s’accompagne pas d’une écoute des sages et d’une réhabilitation des circuits économiques locaux.

Des familles déplacées vivent dans le camp de Kigonze à Bunia, en Ituri, alors que la province affronte simultanément l’insécurité armée et l’épidémie d’Ebola.
Ebola attire l’attention parce qu’il peut franchir les frontières. Les massacres, eux, risquent de redevenir des drames locaux dès qu’ils quittent les titres de l’actualité. Pourtant, ce sont précisément les attaques, les déplacements forcés et l’effondrement des services qui créent les conditions dans lesquelles le virus peut circuler plus facilement. Un laboratoire inaccessible derrière une route dangereuse ne protège personne. Un centre de traitement privé de personnel, de médicaments ou de confiance n’est plus qu’un bâtiment. Les financements internationaux doivent donc renforcer durablement les capacités médicales congolaises, former les agents locaux, améliorer les systèmes d’information et protéger les populations qu’ils sont censés servir.
Cette reconstruction demande du temps. La confiance ne revient pas au rythme des rapports administratifs ni des missions de quelques semaines. La confiance se construit lorsque les habitants constatent que l’État reste présent après l’urgence, que les soignants peuvent travailler sans craindre une attaque et que les forces de sécurité protègent réellement les routes, les villages et les centres de santé. Dans une région meurtrie par des années de violence, protéger un dispensaire peut être aussi décisif que reprendre une position militaire.
La sécurité durable retrouvée par les populations reste la seule mesure qui compte, au retour des familles dans leurs villages et à l’accès régulier aux soins. La paix commence lorsqu’un enfant peut dormir chez lui sans être réveillé par des tirs. Lorsqu’un paysan peut rejoindre son champ sans craindre de disparaître sur la route. Lorsqu’une mère peut conduire son enfant au centre de santé sans devoir choisir entre plusieurs chemins dangereux. Lorsqu’un malade peut demander de l’aide sans redouter l’isolement, la stigmatisation ou l’abandon.
Banana École était un village avant de devenir le nom d’un massacre. Ses habitants possédaient des maisons, des champs, des projets et des habitudes. L’attaque a soudainement transformé cette géographie familière en territoire de fuite. Elle révèle une faillite plus profonde que l’absence de sécurité dans une seule localité , une partie de la population congolaise a perdu jusqu’au droit élémentaire de savoir où se trouve le refuge. Quand un nom de lieu devient synonyme de mort, c’est tout un territoire qui bascule dans l’incertitude.
Le peuple congolais mérite davantage que la survie. Il mérite une géographie de la sécurité ; des routes protégées, des centres de santé accessibles, des lieux d’accueil préparés et des autorités capables de répondre lorsque les tirs commencent. Un refuge est plus que le lieu vers lequel on s’enfuit, c’est l’endroit où la vie recommence et où une famille se rassemble sous un toit qui tient. Les ADF tuent par les armes. Ebola tue par la transmission. Entre les deux, la désorganisation ouvre le passage. C’est là que la véritable bataille se joue, dans cet interstice où l’ordre s’effondre et où le chaos prend le relais.
La véritable victoire commencera le jour où, en Ituri, un Congolais menacé n’aura plus à fuir au hasard. Le jour où il saura qu’une route est sûre, qu’un centre de santé est ouvert, qu’une autorité viendra le protéger et qu’un lieu existe où sa famille pourra vivre sans attendre la prochaine attaque. Ce jour-là, le mot refuge retrouvera enfin son sens.
JOËL KAMALA MWINDO
Auteur et essayiste
Crédit photo à la une : RTEE Kivu | Crédit photo 1 : Reuters | Crédit photo 2 : Al Jazeera | Crédit photo 3 : Emmanuel Goujon / AFP | Crédit photo 4 : Glody Murhabazi / AFP
