La remise de quinze détenus à l’AFC/M23 constitue l’une des premières traductions concrètes des engagements pris dans le cadre du processus de Doha. Mais pour Kinshasa, ce mouvement ne peut rester à sens unique. Le gouvernement attend désormais une réponse du mouvement rebelle.
Quinze détenus ont été remis à l’AFC/M23 les 6 et 7 août, au cours d’une opération facilitée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Un transfert que le gouvernement congolais rattache directement au mécanisme de libération des prisonniers signé le 14 septembre 2025 à Doha.
Jusque-là essentiellement porté par les négociations et les engagements politiques, ce mécanisme connaît ainsi une première application concrète. Mais cette avancée ouvre immédiatement une autre question : que fera l’AFC/M23 en retour ?
Kinshasa insiste désormais sur le caractère réciproque du processus. Après la remise de ces quinze personnes, les autorités congolaises réclament une application « effective et réciproque » des engagements conclus entre les parties.
Cette attente prend une dimension particulière au regard du nombre de personnes concernées par le dossier. Lors d’un round de discussions en avril, les négociations avaient porté sur 477 personnes. Parmi elles, 311 étaient détenues par l’AFC/M23 et 166 par la partie gouvernementale. Il n’est cependant pas établi, à ce stade, que les quinze détenus récemment remis figuraient sur cette liste.
La question des prisonniers pourrait surtout servir de baromètre pour mesurer la capacité des deux camps à faire avancer les autres engagements pris à Doha.
Plusieurs dossiers restent en effet en suspens. Le gouvernement congolais réclame notamment l’opérationnalisation du MCVE+, le mécanisme chargé de surveiller et de vérifier le cessez-le-feu. Sa mise en œuvre demeure bloquée alors qu’elle constitue un élément important du dispositif destiné à réduire les tensions sur le terrain.
Kinshasa veut également voir les négociations se poursuivre autour des six protocoles encore en discussion à Doha. Leur finalisation devrait constituer une étape supplémentaire vers la conclusion éventuelle d’un accord de paix global.
Dans ce contexte, la remise des quinze détenus représente moins un aboutissement qu’un point de départ. Le CICR espère d’ailleurs voir d’autres opérations similaires suivre afin que plusieurs centaines de personnes puissent retrouver leurs familles.
Le processus de Doha entre donc dans une phase où les actes seront scrutés autant que les déclarations. La réponse de l’AFC/M23 à ce premier transfert permettra de mesurer si la libération des prisonniers peut créer une dynamique de réciprocité et contribuer à débloquer les autres engagements encore en attente.
