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RDC : le cessez-le-feu à l’épreuve du terrain | Tribune

by Joel Kamala
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De violents combats ont débuté le 26 septembre 2026 entre l’armée congolaise et les groupes armés terroristes du M23 et de l’AFC dans plusieurs villages du secteur d’Itombwe, au Sud-Kivu, ainsi qu’à Walikale, malgré l’accord de Washington, signé, célébré et présenté comme la sortie du conflit. Reste inappliqué sur le terrain.

L’accord de Washington reste donc inappliqué sur le terrain, et voilà exactement ce que je veux dire : la RDC ne peut pas rester les bras croisés en espérant qu’un cessez-le-feu lui fera récupérer ses territoires. Ça ne marche pas comme ça. Si le M23 revient chaque fois par les armes, il est du devoir de l’État de défendre sa population et son intégrité. La RDC ne fera pas exception. On ne peut pas concevoir depuis des décennies un pays d’un côté et, de l’autre, des groupes armés fantômes dirigés par un pays, le Rwanda, qui finance chaque fois des rébellions. Aujourd’hui, c’est le M23 qui est le bras armé. Et quand est-ce que ça va s’arrêter ? Pour moi, la meilleure façon de l’arrêter, c’est de le battre militairement.

Il y a pourtant quelque chose que les autres ne voient pas. La plupart de personnes se demande comment un aussi grand pays reste incapable de battre juste des groupes armés. Le problème, c’est que le complot a été international, et que la guerre nous a été imposée de l’extérieur, avec sa violence et ses destructions. Le mal est donc à la fois exogène et endogène. Quant à notre part de responsabilité, je ne dédouane personne ; certains Congolais ont contribué à ce complot, par ignorance ou par cupidité, contre leur propre pays.

Ce complot a commencé par sortir Mobutu du pouvoir. Ils savent très bien que la meilleure façon de prendre des minéraux, c’est que la sécurité soit faible, parce que quand la sécurité est forte, ils ne peuvent pas rentrer prendre les minéraux gratuitement. Il fallait donc d’abord affaiblir notre armée. C’est une stratégie établie, bien réfléchie par les gens qui veulent voir le Congo par terre, et précisément par le Rwanda, le bras visible qui frappe. Mais nous tous, nous savons que des puissances se cachent derrière les Rwandais pour affaiblir le Congo, et c’est un fait, parce que le Rwanda est soutenu par plusieurs pays : 50 % de son économie vient de financements extérieurs et de l’aide. D’ailleurs, l’Union européenne signe avec lui des accords économiques sur des minéraux qu’il ne possède même pas. Ça en dit déjà long.

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L’affaiblissement a suivi son cours. Quand l’armée de Mobutu a perdu la guerre, ils avaient d’abord corrompu les généraux, ils leur avaient envoyé des femmes, et nos généraux ne voulaient plus se battre. Ils ont diabolisé Mobutu, et Mobutu manquait lui-même de sagesse, parce qu’il a refusé de céder le pouvoir à temps alors qu’il voyait tout venir. Or Mobutu représentait une menace pour l’exploitation des minéraux, puisqu’il refusait de livrer le pays et qu’il coopérait avec les Chinois. Surtout, ils ont manipulé le Congolais jusqu’à lui inoculer le virus. C’est ce qui explique ce qui a suivi. Depuis 1997, tout s’est accéléré autour de ces minéraux exploités illicitement au Congo, au prix du sang congolais, pendant que le monde célébrait sa révolution technologique et sa transition énergétique.

Après avoir chassé l’armée de Mobutu, il fallait bien la remplacer. On a alors construit une nouvelle armée avec des hommes venus de partout, puis le mixage et le brassage des fameux accords de paix ont encore ajouté d’autres hommes dans les rangs, sans qu’on se demande vraiment à qui ils étaient loyaux. On a créé un monstre, pas une armée. Ce monstre a plusieurs figures, et il combat mal pour cette raison même, puisqu’il se retrouve souvent face à son propre frère, et un frère épargne son frère, tandis qu’un autre côté du monstre devrait combattre ceux-là mêmes qui le financent et qui l’ont nommé. L’armée congolaise est aujourd’hui ce monstre. On a même eu dans notre pays un chef d’état-major rwandais, James Kabarebe, la troisième colonne en personne, qui connaissait nos hommes, nos armes et nos faiblesses de l’intérieur.

Hormis ça, il y a eu des rébellions soutenues par le Rwanda, qui instrumentalise aussi les tensions autour de la communauté banyamulenge. Des combattants et des agents venus du Rwanda entrent illicitement au Congo. Certains obtiennent de faux documents ou utilisent ceux des autres pour se présenter comme Congolais avant de prendre les armes contre la République. Le problème c’est que le Congo depuis tellement longtemps n’a pas fait de véritable recensement qu’il devient difficile de savoir qui est arrivé quand, qui est réellement Congolais et qui utilise cette identité pour s’installer ou agir dans le pays. Pour moi, c’est aussi ça, la troisième colonne.

Regardez l’histoire de la République. Le Congo compte des centaines d’ethnies, pourtant depuis 1997 on voit revenir dans l’Est des rébellions soutenues par le Rwanda, avec parfois des combattants qui se présentent comme membres de communautés congolaises tout en prenant les armes contre l’État. Vous dites appartenir au Congo, mais vous tuez des Congolais. Vous dites être congolais, mais vous retournez vos armes contre le pays. Est-ce que c’est normal ? nombre de ces hommes se sont ensuite intégrés dans l’armée et ont occupé des postes supérieurs, généraux, colonels, et à cela s’ajoutent des combattants et des agents liés à des réseaux rwandais qui peuvent se fondre dans la population locale, ainsi que des Congolais qui servent eux aussi ces mêmes intérêts.

Des responsables des FARDC lors d’une visite à l’état-major de la Force terrestre, le 30 juillet 2025. Photo : Vice-Primature, ministère de la Défense nationale et Anciens combattants de la RDC / X.

On a donc deux choix. Soit continuer avec ce monstre, et nous tous savons qu’il n’y aura aucun résultat. Soit reconstruire cette armée, et pour la reconstruire, il faut être intransigeant, dans le bon sens du terme, il faut faire une restructuration radicale. Mais on a bien vu les États-Unis interner des civils dans des camps, alors à plus forte raison, quand une armée abrite des taupes et des infiltrés, pourquoi pas mettre les suspects en prison ? Pourquoi pas les arrêter, puisque ce sont des militaires ? Pourquoi pas écarter et licencier les autres ? Est-ce qu’il est impossible que Félix Tshisekedi, chef de l’État et chef de l’armée, licencie certains officiers ? Est-ce qu’être militaire, c’est un contrat à vie ? On peut toujours vous retirer votre poste et vous renvoyer à la vie civile.

Je pense qu’on doit procéder à des mesures dures, parce que depuis des décennies les Congolais souffrent, depuis des décennies les Congolais meurent. On ne peut plus avoir pitié d’agir ni craindre d’agir, parce qu’on a déjà tout vécu. Qu’est-ce que les Congolais n’ont pas vécu ? Ils ont vécu le viol, ils ont vécu les pires catastrophes qu’une guerre puisse faire subir à un peuple. Dans cette mesure, on doit répondre durement. Même si le monde dit que les Congolais sont comme ceci ou comme cela, oui, on doit répondre durement.

Le peuple congolais a déjà tout enduré, et rien de nouveau ne viendra changer sa façon de résister, si bien que les Congolais ont le droit de tout tenter. Le Congo reprendra ses territoires par les armes, par la lutte et par sa lucidité, jamais par la signature ou la décision des autres, parce que dans toute l’histoire de la RDC, aucun accord n’a réussi à installer une paix durable. Il nous revient d’assumer notre destin.

Joël Kamala Mwindo, auteur et essayiste

Crédit photo à la Une : Jordan Mulikuza | Photo 1 : Ministère de la Défense nationale et Anciens combattants / RDC

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