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RDC : en finir avec les accusations de sorcellerie contre les enfants | Tribune

by Joel Kamala
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Au Congo, les enfants des rues sont souvent appelés « shégués ». Beaucoup ont été accusés de sorcellerie, désignés comme responsables des malheurs de leur famille avant d’être soumis à une épreuve sous forme de séance de délivrance ou tout simplement chassés de la maison. Si la loi congolaise interdit depuis 1940 les épreuves superstitieuses et depuis 2009 les accusations de sorcellerie à l’encontre des enfants, les « shégués » continuent de subir les mauvais traitements que ces textes sont censés leur éviter.

Dans son rapport de 2006, Human Rights Watch rapportait que, selon les organisations travaillant avec les enfants à Kinshasa, jusqu’à 70 % des enfants des rues de la ville auraient été accusés de sorcellerie dans leur famille avant de se retrouver dans la rue. Des enfants interrogés racontaient avoir été privés d’eau et de nourriture, battus ou fouettés, forcés à prendre des purgatifs. Certains finissaient par avouer qu’ils étaient sorciers pour que cela s’arrête.

Une étude publiée en 2025 dans les Annales de l’UNIGOM montre que ces accusations restent présentes à Bukavu. Parmi 106 enfants interrogés au foyer Ek’Abana, 83, soit 78,4 %, déclarent avoir été accusés de sorcellerie par des membres de leur famille.

Ce sont des aveux de substitution. Au départ, c’est un adulte qui accuse l’enfant. Mais après plusieurs jours de privation de nourriture, sous la peur, les coups ou la pression des séances de délivrance, l’enfant finit par avouer lui-même être sorcier. Il parlera alors de ses déplacements nocturnes, de sacrifices humains commis dans le monde spirituel ou affirmera être responsable de la maladie d’un membre de sa famille ou du déclin de la fortune de celle-ci. L’adulte pourra toujours argumenter qu’à un moment donné, l’enfant lui-même a reconnu sa culpabilité. On se sert de la bouche de l’enfant pour tenir lieu de celle de l’accuseur.

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Quand j’entends qu’un adulte se réveille soudainement persuadé que Dieu lui a parlé dans ses songes et lui a révélé que l’enfant est sorcier, puis se débarrasse de lui comme on le ferait d’une carte d’identité périmée, je ne comprends pas. La promesse de délivrance débouche sur un abandon. Quand d’autres personnes diront que c’est un démon, les parents restent néanmoins tenus d’assumer leurs responsabilités parentales. Ils doivent nourrir l’enfant et le protéger. Le pasteur doit répondre de ce qu’il lui fait subir. Un démon ne transforme pas un enfant en adulte et ne suspend pas la loi.

Si aujourd’hui certaines pratiques trouvent un terreau favorable dans les séances de délivrance organisées dans les églises, elles existaient aussi avant la prolifération des Églises de réveil, notamment pendant la colonisation. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont les mécanismes qui permettent à des adultes de transformer les difficultés financières, émotionnelles ou autres d’une famille en accusation contre un enfant, pour ensuite légitimer les violences qui lui sont infligées comme moyen de le « sauver ».

Le Code pénal congolais, qui s’appuie sur le décret du 30 janvier 1940, punissait déjà les épreuves superstitieuses à son article 57. On retrouve là une définition qui pourrait faire écho à certaines séances de délivrance que nous connaissons aujourd’hui. « Le fait de soumettre une personne, de gré ou de force, à un mal physique réel ou supposé, pour déduire des effets produits sa responsabilité dans un acte ou dans un événement quelconque ou toute autre conclusion » est déjà considéré comme une épreuve superstitieuse. L’article 78 prévoit en outre que « celui qui aura, par un acte quelconque, abusé des superstitions pour imputer à quelqu’un sans motif réel un fait quelconque ou un événement déterminé, sachant qu’une telle imputation entraînera nécessairement pour autrui l’accomplissement d’une infraction sera réputé complice de cette infraction ». Le droit congolais disposait donc déjà d’outils d’intervention avant même que le phénomène n’atteigne ses proportions actuelles.

Ce sont les articles 157 et 160 de la loi sur la protection de l’enfant de 2009 qui sont les plus explicites. Le premier punit les épreuves superstitieuses infligées à un enfant. Sa définition reprend celle de l’article 57, qui s’applique à toute personne, quel que soit son âge, mais vise ici particulièrement l’enfant. Le second punit l’accusation de sorcellerie contre un enfant. Le problème se pose donc également dans l’application de la loi lorsqu’un enfant est accusé, battu ou abandonné.

Je pense qu’il faut voir cet aveu sous un autre angle. Si, après trois jours de privation de nourriture, un enfant avoue être sorcier, je ne suis pas intéressé par son aveu, mais par ce qu’on lui a fait pour l’obliger à prononcer ces mots. Quand un enfant vous dit qu’il est sorcier après que vous l’avez affamé, cela nous renseigne sur les méthodes utilisées pour obtenir sa déclaration, et non sur la véracité de ses dires. C’est pourquoi je pense que l’article 157 est aussi important. Il vise l’épreuve superstitieuse, que l’enfant y soit soumis de plein gré ou de force.

La loi congolaise doit atteindre ces adultes dès le moment où ils accusent un enfant, puis lorsqu’ils reprennent ses paroles arrachées sous contrainte pour justifier ce qu’ils lui ont fait subir. Quand un enfant sait qu’il sera affamé et battu tant qu’il ne dira pas ce que vous voulez entendre, c’est la responsabilité des adultes qui doit être jugée. Ils ont commencé par porter atteinte à sa réputation avant de lui arracher les mots qui leur permettront de se donner raison.

L’État congolais doit absolument mettre un terme à ces pratiques. Les parents doivent répondre de leurs actes quand ils choisissent de se débarrasser de leurs enfants, qu’ils accusent d’être la source de tous les maux qui touchent leur famille. Il en va de même pour les pasteurs qui participent à des séances de délivrance durant lesquelles des enfants sont battus ou qui en prennent l’initiative. La foi est une question qui relève de la conscience de chacun. Maltraiter un enfant sous prétexte qu’il est devenu sorcier relève du droit.

En RDC, les accusations de sorcellerie contre les enfants continuent de briser des vies et de provoquer des ruptures familiales.

Cette question nous concerne tous profondément, car elle touche à la protection des enfants et à notre responsabilité collective. Je ne reproche rien au gouvernement, cette situation existe depuis longtemps. Mais s’il décide véritablement de s’y attaquer, la protection de ces enfants pourrait constituer l’un des grands accomplissements de son mandat.

Des structures d’accueil existent déjà sur le terrain, notamment Likemo à Kinshasa et Jaska à Lubumbashi. Je propose donc de consolider ces initiatives, d’élargir leur capacité d’accueil et de développer d’autres foyers selon les besoins locaux, sous la responsabilité du ministère des Affaires sociales, avec des équipes d’éducateurs compétents capables d’offrir un accompagnement adapté à chaque enfant. Cette mission ne peut reposer que sur les épaules de quelques particuliers ou organisations privées. L’État doit mettre en place un financement pérenne pour ces structures et envisager d’aider financièrement les ONG qui accueillent ces jeunes, tout en établissant un véritable contrôle des conditions de vie et de sécurité. Quand un enfant est accusé de sorcellerie par sa famille, maltraité ou jeté à la rue, il faut qu’il puisse trouver refuge quelque part et être vraiment protégé, même contre sa propre famille.

Je salue les efforts du chef de l’État pour l’école gratuite, une mesure qui a permis à beaucoup d’enfants de poursuivre leur parcours scolaire. Ceux qu’on chasse de chez eux doivent en jouir aussi. Pour que ces jeunes puissent étudier, il leur faut un logement, une nourriture suffisante et des adultes de confiance auprès d’eux. Leur situation mérite toute notre mobilisation. Protéger les enfants, c’est intervenir lorsque la famille elle-même devient une menace.

La politique occupe aujourd’hui une place importante dans l’espace de débat congolais. Nous discutons du pouvoir et des partis politiques. Nous nous inquiétons de la manière dont notre pays est dirigé. La protection de ces enfants victimes de toutes sortes de violences devrait occuper une place tout aussi importante dans nos débats. Ces accusations, ces violences et ces abandons devraient cesser dans notre pays. Le sort de ces enfants doit également nous interroger sur la manière dont le Congo est gouverné.

Si l’État congolais ne peut pas se préoccuper de permettre à ces enfants d’être en sécurité, de se nourrir correctement et d’aller à l’école, c’est qu’il n’a rien à faire à la tête de ce pays. Cela ne peut pas être seulement l’affaire d’une poignée d’ONG et d’institutions privées. J’en connais qui œuvrent sans soutien financier de l’État et dont le dévouement à ces enfants devrait compléter son action, et non servir de prétexte à son inaction totale.

Joël Kamala Mwindo
Auteur et essayiste

Crédit photo à la Une : Safari Consoler / Pexels | Photo 1 : Serge Kamba X

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