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Québec : plus de 1 500 médecins réclament une enquête publique sur les suicides dans leur profession

by Etienne Kambala
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Plus de 1 500 médecins québécois demandent au Bureau du coroner d’ouvrir une enquête publique sur les suicides au sein de leur profession. Cette mobilisation intervient après plusieurs décès rapportés au cours des derniers mois et relance le débat sur la détresse psychologique dans le milieu médical.

Dans une lettre adressée au coroner en chef du Québec, Me Reno Bernier, les signataires affirment avoir été informés de cinq décès de médecins, rapportés comme des suicides, depuis mars 2026. Ils souhaitent qu’une enquête permette d’aller au-delà de l’analyse de cas individuels afin d’identifier les facteurs qui pourraient favoriser une telle détresse dans le système de santé.

Selon nos confrères du Devoir, qui ont obtenu cette lettre, les médecins demandent notamment que soient examinés les facteurs professionnels, organisationnels, individuels et systémiques pouvant contribuer au phénomène.

Pour les signataires, la santé psychologique des médecins ne peut être dissociée de leurs conditions d’exercice. Ils évoquent notamment les lourdes responsabilités, la charge de travail, le manque de ressources ainsi que l’exposition régulière à la maladie, à la souffrance et à la mort.

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Un phénomène difficile à mesurer au Québec

La démarche des médecins met surtout en évidence une difficulté importante : l’absence de données publiques suffisamment détaillées pour établir un portrait précis de la situation.

Les signataires reconnaissent eux-mêmes qu’il leur est impossible d’affirmer que le nombre de suicides chez les médecins québécois est actuelle.ment en augmentation. Selon eux, les informations disponibles sont trop fragmentaires pour suivre l’évolution du phénomène et mesurer l’efficacité des mécanismes de prévention.

Cette difficulté est également soulignée par le Programme d’aide aux médecins du Québec. L’organisme indique que les données québécoises et canadiennes demeurent limitées. Les recherches internationales ont historiquement montré une mortalité par suicide plus importante chez les médecins, mais les études récentes apportent certaines nuances.

Une méta-analyse publiée en 2024 indique notamment que le taux de suicide chez les hommes médecins se rapproche désormais de celui observé chez les hommes dans la population générale. Chez les femmes médecins, le risque demeure toutefois plus élevé, selon le PAMQ.

Le Programme rappelle également que le suicide est un phénomène multifactoriel. La surcharge professionnelle, l’épuisement, la détresse morale et les problèmes de santé mentale peuvent s’ajouter à plusieurs obstacles à la recherche d’aide, notamment la crainte de conséquences professionnelles, le manque de temps ou les préoccupations liées à la confidentialité.

Le Bureau du coroner analyse la demande

Contacté par Le Devoir, le Bureau du coroner a indiqué avoir amorcé une analyse approfondie de la demande formulée par les médecins. Aucune décision n’a cependant encore été prise concernant l’ouverture d’une enquête publique.

Une telle procédure pourrait permettre d’examiner plusieurs décès dans une perspective plus large et, éventuellement, de formuler des recommandations destinées à prévenir d’autres drames. Le Bureau du coroner utilise notamment les enquêtes publiques pour analyser les circonstances entourant certains décès et dégager des recommandations de prévention.

La santé mentale des soignants appelée dans la campagne électorale

Le Dr Jean-Paul Brutus, chirurgien plastique et l’un des signataires de la lettre, souhaite que la réflexion dépasse la seule situation des médecins. Il appelle également à mesurer la santé mentale de l’ensemble des professionnels de la santé.

Selon lui, la détresse des soignants peut avoir des conséquences qui dépassent leur propre bien-être et affecter également leur capacité à exercer leur métier dans de bonnes conditions.

Il demande ainsi aux formations politiques de s’engager à recueillir des données sur la santé psychologique des soignants et à rendre les résultats publics.

Cette intervention survient en pleine campagne électorale provinciale au Québec. Les élections générales sont prévues le 5 octobre 2026, tandis que le vote par anticipation se déroulera les 27 et 28 septembre.

Pour les médecins à l’origine de la démarche, disposer de données plus précises constitue désormais une étape nécessaire pour mieux comprendre la détresse vécue dans le réseau de la santé et mettre en place des stratégies de prévention adaptées.

Crédit Photo A La Une : Photo Emily Berl / LA PRESSE

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