Santé Québec pourrait déjà vivre ses derniers mois. Moins de deux ans après sa mise en place, la société d’État est directement visée par le Parti Québécois, qui veut concrétiser sa promesse électorale de revoir en profondeur la gestion du réseau de la santé et des services sociaux du Québec.
Le dossier est désormais politique, mais aussi administratif. Depuis sa création, Santé Québec occupe une place centrale dans la gestion du réseau de la santé québécois. L’organisme est notamment responsable des opérations et de la performance du réseau, tandis que le ministère de la Santé conserve les grandes orientations, les objectifs et les règles budgétaires.
Avec l’arrivée du PQ au pouvoir, cette organisation pourrait être largement revue. Des travaux juridiques et administratifs seraient déjà en cours afin d’évaluer le transfert de certaines responsabilités vers le ministère. Officiellement, aucun projet de loi n’est toutefois encore prêt.
À l’interne, l’incertitude commence à se faire sentir. Certains recrutements au siège social ont été temporairement suspendus, alors que Santé Québec réévalue ses besoins dans ce nouveau contexte politique.
Mais le débat ne porte pas seulement sur l’avenir de la structure. Il touche aussi à son indépendance. Des sources internes affirment que le gouvernement caquiste aurait conservé une influence importante sur l’organisation, notamment dans ses communications. Santé Québec rejette cette lecture et soutient ne pas intervenir dans le jeu partisan.
Cette question avait déjà alimenté la campagne électorale. Paul St-Pierre Plamondon avait reproché à la société d’État de défendre publiquement son existence au moment où le PQ proposait de l’abolir. La PDG Geneviève Biron avait notamment écrit au chef péquiste afin de corriger certaines affirmations faites à propos de l’organisation.
Pour le PQ, la disparition de Santé Québec doit surtout permettre de réduire la bureaucratie et de réorienter davantage de ressources vers les soins. Le parti estime que cette réforme pourrait générer entre 40 et 100 millions de dollars d’économies par année.
La mise en œuvre ne sera cependant pas automatique. Minoritaire à l’Assemblée nationale, le nouveau gouvernement devra obtenir des appuis pour faire adopter les changements nécessaires.
Le principal enjeu reste donc ouvert. Abolir Santé Québec est une chose. Répartir ses responsabilités sans désorganiser davantage le réseau de la santé et des services sociaux en est une autre. C’est sur ce terrain que le nouveau gouvernement sera attendu dans les prochains mois.
Crédit Photo A La Une : AMAURY TRAVER
