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Kinshasa prépare le dialogue national, l’Est attend la reprise des territoires occupés | Tribune

by Joel Kamala
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Kinshasa a doté le dialogue national d’un comité et d’un secrétariat technique composé de onze experts. Par ordonnance du 13 septembre, Félix Tshisekedi ouvre l’étape préparatoire et la place sous son autorité directe. Le pouvoir a dressé la table. Reste à y faire asseoir les autres.

Le dialogue national ne devrait pas devenir une comédie administrative. À Kinshasa, le pouvoir a installé les bureaux du processus. L’ordonnance du 13 septembre confie au comité l’organisation des rencontres et place le dispositif sous l’autorité directe de Félix Tshisekedi. Le secrétariat technique suivra les questions matérielles, financières, sécuritaires et protocolaires. Le Trésor public paiera. Les participants, le calendrier, les thèmes et les règles restent à préciser. Les territoires contrôlés par l’AFC/M23 disposent désormais d’une organisation administrative propre, avec des responsables nommés et un gouverneur installé à Goma.

Le dossier de Doha complique la situation. Le 27 août, Félix Tshisekedi a dévoilé un projet de dialogue national, précédé de consultations provinciales. Les groupes armés sont tenus de renoncer aux armes avant d’y être associés, alors que Kinshasa poursuit des négociations avec l’AFC/M23 au Qatar. Dans une intervention du 7 septembre sur Radio Okapi, Martin Fayulu a dénoncé cette contradiction. À mon sens, Kinshasa considère que Doha doit permettre d’arrêter les combats, d’organiser le désengagement des forces et de préparer le désarmement. Le dialogue national doit, pour sa part, aborder l’avenir du pays et de ses institutions. Kinshasa doit expliquer clairement cette différence.

Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les familles vivent sous une autorité fragmentée. Des hommes armés contrôlent des routes, prélèvent des taxes et surveillent les déplacements. Les habitants rencontrent ce pouvoir aux postes de contrôle, dans les marchés et pendant leurs trajets.

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Pour moi, Félix Tshisekedi doit tenir la carotte politique dans une main et le bâton de l’État dans l’autre. La carotte doit ouvrir la porte aux forces politiques qui respectent les règles républicaines. Le bâton représente la force militaire, diplomatique et judiciaire de l’État, capable de protéger les populations, de défendre les frontières et de préparer la reprise des territoires occupés. Mais pour être crédible, cette force doit elle-même respecter l’État de droit. Or, les arrestations dénoncées par la C64 à Kindu affaiblissent la crédibilité du pouvoir de Kinshasa, qui demande aux groupes armés de déposer les armes au nom de l’État de droit tout en violant cet État de droit. Autrement dit, Kinshasa exige des autres un comportement qu’il ne s’impose pas à lui-même, ce qui affaiblit à la fois sa parole et l’efficacité de son bâton. À cela s’ajoute la dénonciation des opposants politiques, qui accusent le pouvoir de Tshisekedi de réprimer et d’arrêter les manifestants pacifiques, tout en réclamant qu’il utilise cette force contre l’AFC/M23. Ils lui reprochent aussi de s’en prendre à ceux qui n’ont pas d’armes et sont incapables de tenir tête à une rébellion armée. Cette double contradiction mine la cohérence et la crédibilité de l’État.

Des militaires congolais dans l’est de la RDC.

Le Congo n’a jamais manqué de moyens pour dialoguer. Depuis des années, réunions et consultations se succèdent. La priorité des priorités devrait désormais être la défense concrète de l’intégrité territoriale. Kinshasa devrait organiser un dialogue national des compétences, en recherchant les meilleurs talents congolais au pays et dans la diaspora. Ce travail réunirait officiers de terrain, agents du renseignement, logisticiens, stratèges et spécialistes de la guerre en forêt et en montagne. Tous travailleraient autour d’une même carte, avec une connaissance précise des pistes, des reliefs, des distances et des mouvements de l’adversaire. Des conseillers étrangers pourraient partager leur expérience. Le commandement, les objectifs et la décision resteraient congolais, sous l’autorité de Kinshasa.

Kindu mérite une étude comme base militaire et logistique avancée. La capitale du Maniema rapprocherait les moyens de l’État des deux Kivus. Son aéroport, son accès au fleuve et sa liaison ferroviaire vers Kalemie sont des atouts à évaluer. Cette base pourrait concentrer carburant, munitions, soins, maintenance, communications, transport, formation et renseignement. Car c’est la logistique qui permet de tenir les positions conquises par le courage.

L’histoire congolaise rappelle l’importance du terrain. La Conférence nationale souveraine a duré seize mois, entre 1991 et 1992. À Sun City, en 2002, le compromis de transition a intégré les positions acquises par les groupes armés. À Kampala, les pourparlers ont abouti en décembre 2013, après la défaite du M23 à Chanzu et Runyoni.

Félix Tshisekedi doit donc articuler ces leviers ; Doha pour arrêter la guerre, les ateliers stratégiques pour préparer la reconquête, le dialogue national pour traiter la crise politique. La parole doit rassembler le pays, pendant que l’État prépare le retour de la République dans les villes occupées.

JOËL KAMALA MWINDO
Auteur et essayiste

Crédit photo à la une : Présidence RDC | Photo 1 : Rfi

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