Dans de nombreux pays, et tout particulièrement en Afrique du Sud, les immigrés endossent le rôle des coupables parfaits. On leur impute le chômage, la crise du logement, l’insécurité, la baisse du niveau de vie et, parfois même, l’ensemble des maux sociaux. En les désignant comme boucs émissaires, certains prétendent apporter une réponse simple à des problèmes complexes. Ce discours séduit par son apparente évidence, mais il demeure en profond décalage avec les réalités économiques, sociales et démographiques du pays. Examinons pourquoi cette accusation n’est que le reflet d’une faillite intellectuelle et d’un abrutissement collectif.
L’Afrique du Sud n’en est pas à son premier épisode de violence xénophobe. À la fin de l’apartheid en 1994, le pays devient la première économie du continent et attire des centaines de milliers de travailleurs, de commerçants et de réfugiés venus du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de la République démocratique du Congo, du Nigeria, de Somalie, d’Éthiopie et de nombreux autres pays africains. Cette immigration s’accompagne progressivement d’un discours accusant les étrangers de voler les emplois, de saturer les services publics et d’alimenter la criminalité.
Afin de documenter cette violence, plusieurs chercheurs créent Xeno Watch, une base de données indépendante qui recense les attaques xénophobes en Afrique du Sud. Ses travaux établissent le caractère récurrent des violences et mettent en évidence une dynamique durable, marquée par des vagues successives d’attaques contre les étrangers. Depuis la fin de l’apartheid, Xeno Watch a recensé plus de 1 000 attaques visant des étrangers, avec une recrudescence marquée à partir de 2008. Les vagues de violences de 2008, 2015 et 2019 ont fait des dizaines de morts, déplacé des milliers de personnes et mis à nu des fractures sociales qui demeurent largement irrésolues.

Cette spirale de violence atteint un nouveau paroxysme le dimanche 1er septembre 2019. Ce jour-là, 3 personnes périssent dans l’incendie, demeuré inexpliqué, d’un immeuble du centre-ville de Johannesburg. En quelques heures, la violence se propage de quartier en quartier jusqu’à Pretoria. Les émeutiers reprennent un discours devenu familier : les étrangers voleraient les emplois, satureraient les services publics et alimenteraient la criminalité dans un pays où le chômage frappe près de 29 % de la population active.
Le message est sans ambiguïté : « Étrangers, rentrez chez vous. » La Zimbabwéenne Sithulisiwe Chinora, âgée de 22 ans, raconte à l’AFP avoir cru vivre ses derniers instants. Terrifiée, le corps pris de tremblements et son bébé attaché dans le dos, elle confie : « J’ai pensé que c’était le jour où j’allais mourir. » À l’inverse, certains manifestants assument ouvertement leur hostilité. « Nous voulons reprendre notre pays ; notre espace est occupé par les étrangers », déclare Bhekani Thusi, 38 ans, qui attribue aux migrants le trafic de drogue, la présence d’enfants des rues et, plus largement, tous les dysfonctionnements du pays.
En 3 jours, le bilan s’alourdit : 7 morts selon la police, 189 arrestations, des dizaines de commerces vandalisés à Johannesburg et Pretoria, des poids lourds conduits par des étrangers incendiés au KwaZulu-Natal, puis 2 corps carbonisés retrouvés dans une boutique réduite en cendres. Devant les ruines de ses 3 magasins, le commerçant pakistanais Ashi Ashfaq résume le basculement : « Avant, ils volaient seulement. Désormais, ils brûlent tout, et lorsqu’ils brûlent, vous perdez tout. » Pour Amnesty International, cette flambée de violence est le fruit de longues années d’impunité, entretenues par des responsables politiques qui désignent l’étranger comme la cause de tous les maux du pays.
Sept ans plus tard, la haine a changé de visage et s’est structurée. Le mouvement Operation Dudula, dont le nom signifie en zoulou « repousser par la force », déploie des militants en tenue paramilitaire devant les cliniques publiques afin de contrôler les pièces d’identité et de refouler les patients étrangers. Selon Médecins Sans Frontières, ces groupes ont été observés dans plus de la moitié des 15 établissements de santé des provinces concernées. Une vidéo devenue virale montre un ressortissant congolais implorant que son proche, en fauteuil roulant, puisse recevoir des soins, avant de se voir ordonner de partir.
En janvier 2026, à Durban, des militants d’Operation Dudula et de March and March bloquent les grilles de l’école primaire Addington afin d’empêcher des enfants originaires d’autres pays africains d’y entrer. La police disperse finalement la foule à l’aide de canons à eau. La violence continue pourtant de faire des victimes ; 2 Mozambicains sont tués à Mossel Bay, où plus de 50 baraques d’un campement informel sont incendiées ; 5 ressortissants mozambicains trouvent la mort selon les autorités de Maputo ; 1 Malawien est lynché près de Durban ; des centaines de migrants trouvent refuge dans des églises et des mosquées. Pendant que la Haute Cour de Johannesburg déclare ces blocages illégaux, le mouvement, lui, poursuit son expansion.

Un glissement sémantique inquiétant accompagne cette montée de la violence. Face aux critiques internationales et aux accusations de xénophobie, des mouvements comme Operation Dudula affirment désormais lutter uniquement contre « l’immigration illégale ». Cette rhétorique, plus acceptable en apparence, résiste mal aux faits.
Les victimes de ces attaques sont aussi bien des commerçants établis, des travailleurs en règle, des familles titulaires d’un permis de séjour, des patients munis de documents valides que des enfants régulièrement scolarisés. Dans les cliniques, les écoles ou les commerces, les militants ne distinguent pas les personnes en situation régulière de celles qui ne le sont pas. Ils prennent pour cible toute personne dont l’apparence, la langue ou l’accent leur paraît étranger. La référence à « l’immigration illégale » sert ainsi de paravent à une logique de rejet beaucoup plus large.
Cette stratégie consiste à donner une apparence de légalité à des actes de persécution. Or, le contrôle de l’immigration relève exclusivement des institutions de l’État, dans le respect de la loi et des droits fondamentaux. Il ne peut être exercé par des groupes qui contrôlent les papiers d’identité, bloquent l’accès aux services publics ou pourchassent des individus dans la rue. De tels agissements sapent l’État de droit.
Le respect de l’État de droit, la protection des personnes et la coexistence pacifique constituent les fondements de toute démocratie. Un pays qui tolère que des groupes extrémistes décident eux-mêmes qui peut travailler, se soigner ou envoyer ses enfants à l’école abandonne une part de son autorité et fragilise ses propres institutions. Toute réponse à l’immigration irrégulière relève exclusivement de l’État et s’exerce dans le cadre de la loi, jamais par la violence ou la discrimination.
L’Afrique du Sud abrite aujourd’hui plus de 3 millions d’immigrés, soit environ 5 % de sa population. Beaucoup contribuent quotidiennement au fonctionnement de la première économie du continent. Pourtant, cette même économie continue de les désigner comme le fardeau responsable de ses propres difficultés.

Les immigrés représentent seulement une faible proportion de la population sud-africaine. Quelques pour cent de la population totale ne peuvent expliquer, à eux seuls, des décennies de chômage structurel, de faible croissance, d’inégalités profondes, de corruption, de difficultés énergétiques et de gouvernance. Les causes de ces problèmes sont bien plus anciennes et bien plus complexes.
Attribuer à l’immigration la responsabilité du chômage, de la crise du logement, de l’insécurité ou de toute autre difficulté nationale traduit d’une forme de paresse intellectuelle. Cette manière de raisonner remplace l’analyse par le réflexe, les faits par les préjugés et la responsabilité politique par la désignation d’un bouc émissaire.
L’incapacité des pouvoirs publics à créer suffisamment d’emplois fait souvent de l’immigration le coupable idéal. Lorsqu’il construit moins de logements que les besoins réels d’une population qui augmente naturellement au fil des naissances, des jeunes qui accèdent à l’âge adulte, des familles qui se forment et des nouveaux arrivants, l’immigration devient encore le coupable idéal. Lorsqu’un étranger commet une infraction, certains condamnent des millions d’autres innocents, comme si la criminalité était née avec les migrations. Une telle logique ne résiste ni aux faits ni à la raison.
On entend également que les immigrés prendraient le travail des citoyens. Cette affirmation ignore une réalité observable dans de nombreux pays. Les immigrés occupent très souvent des emplois exigeants, pénibles ou peu valorisés que beaucoup de travailleurs locaux refusent d’exercer. Ils travaillent dans l’agriculture, la restauration, la construction, les soins, le nettoyage, le transport, les usines et bien d’autres secteurs indispensables au fonctionnement quotidien de l’économie.
Selon une étude de l’Université du Witwatersrand s’appuyant sur les enquêtes trimestrielles sur la force de travail de Statistics SA, les étrangers représentent environ 18 % des travailleurs du secteur informel sud-africain, un chiffre qui, bien que significatif dans ce segment spécifique, demeure une minorité et concerne des emplois précaires souvent synonymes de pauvreté laborieuse. Dans le secteur public, la situation est encore plus éclairante ; sur les 5 779 fonctionnaires étrangers recensés, 89,4 % sont employés dans les secteurs de la santé et de l’éducation, des domaines où les compétences spécialisées font cruellement défaut. Ces recrutements, soumis à des procédures rigoureuses (annonces doubles, contrats de trois ans maximum, réservation des postes permanents aux Sud-Africains), ne visent pas à évincer les citoyens mais à combler des pénuries critiques de compétences.

Il serait toutefois malhonnête de nier que des tensions existent. Dans certains quartiers, la concurrence entre commerçants immigrés et locaux alimente des frustrations. Les premiers s’appuient souvent sur des réseaux de solidarité qui facilitent le financement, les achats groupés et la réduction des coûts. Ces réalités méritent d’être prises en compte. Elles ne justifient cependant ni la stigmatisation d’une communauté entière ni les violences xénophobes, mais appellent des politiques favorisant une concurrence plus équitable et une meilleure coopération économique.
Si un immigrant remplit les critères fixés par un État, obtient légalement un visa ou un permis de travail et respecte les lois du pays qui l’accueille, où se trouve sa faute ? Son entrée sur le territoire résulte d’une décision souveraine de l’État. Si la politique migratoire mérite d’être modifiée, cette responsabilité appartient aux gouvernements et aux parlements, jamais aux personnes qui ont simplement respecté les règles qui leur étaient imposées.
Aucun économiste sérieux ne soutient que l’immigration produit des effets exclusivement positifs ou exclusivement négatifs. Son impact dépend du contexte économique, des politiques publiques, du profil des migrants et de la capacité d’intégration du pays d’accueil.
Certains chercheurs, comme George Borjas, estiment qu’une immigration importante peut exercer, dans certaines circonstances, une pression sur les salaires ou l’emploi de travailleurs peu qualifiés directement en concurrence avec les nouveaux arrivants. Ces travaux alimentent un débat scientifique légitime et rappellent que toute politique migratoire doit être pensée avec rigueur.
Cependant, une grande partie de la littérature économique met en évidence une réalité plus nuancée et, souvent, plus favorable. Les recherches de Giovanni Peri concluent que l’effet moyen de l’immigration sur les salaires et l’emploi des travailleurs natifs est généralement faible et peut même devenir positif lorsque les compétences des immigrés complètent celles de la population locale. Les travaux de David Autor montrent également que les immigrés ont souvent contribué à la reprise de certains marchés du travail en occupant des emplois dans les services, favorisant ainsi l’adaptation de l’économie face aux mutations industrielles.
D’autres chercheurs parviennent à des conclusions comparables. Christian Dustmann observe que les effets de l’immigration sur les salaires et l’emploi des natifs demeurent globalement limités. Jennifer Hunt souligne la contribution des immigrés à l’innovation, à la création d’entreprises et au dépôt de brevets. William Kerr montre que l’immigration qualifiée stimule la compétitivité et la croissance économique, tandis que Michael Clemens met en évidence les gains économiques considérables que peut générer une mobilité internationale bien organisée.
Ces conclusions rejoignent celles de plusieurs grandes institutions internationales. L’Organisation de coopération et de développement économiques, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale ainsi que les National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine estiment, dans l’ensemble, que l’immigration constitue un levier de croissance, d’innovation et de renouvellement démographique lorsqu’elle est accompagnée de politiques publiques adaptées.

Vue aérienne du quartier central des affaires (CBD) de Johannesburg, la plus grande ville d’Afrique du Sud, avec ses gratte-ciel, ses immeubles de bureaux et son important centre économique et financier.
Le débat scientifique existe donc, mais il est loin de conforter l’idée selon laquelle l’immigration serait la cause principale du chômage, de la crise du logement ou des difficultés économiques. Les recherches les plus solides invitent plutôt à distinguer les défis liés à la gouvernance des effets réels de l’immigration. Attribuer aux immigrés la responsabilité de tous les problèmes d’un pays procède davantage de l’idéologie que de la science économique.
Le même mécanisme apparaît lorsqu’il est question de logement. La demande augmente naturellement avec les nouvelles générations, les couples qui fondent une famille, les séparations, le vieillissement de la population, l’urbanisation et l’évolution démographique. Lorsqu’un pays construit moins de logements que ses besoins réels, la crise devient inévitable. Transformer ensuite l’immigrant en responsable de cette insuffisance relève davantage du calcul politique que de l’analyse économique.
La sécurité suit la même logique. Lorsqu’un citoyen commet un crime, personne n’accuse toute la nation. Lorsqu’un immigrant commet une infraction, certains présentent soudain toute une communauté comme une menace. Cette généralisation viole les principes les plus élémentaires de la justice. La responsabilité pénale est individuelle ; elle ne se transmet ni par la nationalité, ni par l’origine, ni par la couleur de peau.
À force de répéter les mêmes slogans, une société peut sombrer dans une forme d’abrutissement collectif, où l’émotion l’emporte sur la réflexion et où la haine devient plus facile que la recherche de solutions. C’est ainsi que naissent les violences xénophobes ; elles commencent par un mensonge répété, se nourrissent des frustrations populaires et finissent par transformer des innocents en cibles.
L’Afrique connaît une histoire suffisamment douloureuse pour comprendre les conséquences de la stigmatisation. Le colonialisme, l’apartheid, les discriminations raciales et les conflits identitaires ont laissé des blessures profondes. Le continent ne peut construire son avenir en dressant les Africains les uns contre les autres.
La xénophobie ne crée aucun emploi. Elle ne construit aucun logement. Elle ne produit aucune richesse. Elle ne répare aucun réseau électrique. Elle ne combat ni la corruption ni la mauvaise gouvernance. Elle détourne simplement la colère populaire des véritables causes vers les victimes les plus visibles.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa prononce un discours devant le Parlement au Cap, en juin 2019, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle législature.
L’Afrique du Sud n’est pas un cas isolé. Les études comparatives, notamment celles d’Afrobarometer et de plusieurs chercheurs spécialisés sur les migrations africaines, montrent que les manifestations de la xénophobie varient selon les contextes historiques, économiques et politiques. Au Kenya, malgré l’accueil de nombreux réfugiés, les tensions demeurent d’une ampleur moindre. Au Nigeria, au Ghana, en Zambie ou au Sénégal, elles prennent le plus souvent la forme de rivalités économiques locales plutôt que d’une violence organisée contre les étrangers. Ces travaux mettent en évidence le poids de l’héritage de l’apartheid dans la trajectoire sud-africaine et rappellent que des politiques publiques responsables, une gouvernance efficace et un discours politique apaisé constituent les meilleurs remparts contre la xénophobie.
Les gouvernements ont le devoir de parler avec honnêteté à leurs citoyens. Les médias doivent combattre les amalgames plutôt que les amplifier. Les responsables politiques portent une responsabilité particulière ; chaque mot prononcé contre une communauté peut devenir, demain, une violence dans la rue. Les forces de sécurité doivent protéger toute personne vivant légalement sur le territoire national, quelle que soit son origine.
L’Union africaine ne peut rester spectatrice lorsque des Africains sont pourchassés sur le sol africain. La libre circulation, la coopération économique et l’intégration continentale exigent une protection effective de la dignité humaine. Les États africains doivent renforcer leur coopération pour prévenir les violences xénophobes, combattre les discours de haine et rappeler qu’aucune frontière ne retire à un être humain sa valeur.

Une mise en garde s’impose enfin. Chaque fois qu’une société commence à expliquer tous ses échecs par l’existence d’une minorité, elle emprunte une pente dangereuse. L’histoire démontre que cette logique conduit rarement à la prospérité ; elle conduit presque toujours à davantage de haine, de violence et de divisions.
Cette dérive doit cesser. Les extrémistes qui alimentent la xénophobie portent une responsabilité immense. Les citoyens doivent refuser cette manipulation des frustrations populaires. Une nation forte ne cherche pas des boucs émissaires ; elle affronte ses difficultés avec courage, lucidité et responsabilité.
Cette tragédie soulève une question morale qui dépasse les frontières de l’Afrique du Sud. Au XXIᵉ siècle, voir des Africains pourchasser, humilier et parfois tuer d’autres Africains en raison de leur nationalité constitue une blessure profonde pour l’idéal panafricain. L’histoire a vu d’autres peuples subir des persécutions fondées sur leur origine ou leur identité. Aujourd’hui, l’indignation est d’autant plus grande que ces violences frappent des hommes, des femmes et des enfants qui partagent un même continent et, souvent, une histoire commune.
Une telle situation est inacceptable. Nous exprimons notre profonde indignation devant ces actes de haine. Le respect, la dignité et la solidarité que les peuples africains attendent du reste du monde doivent d’abord s’incarner dans les relations entre Africains. Une Afrique qui tolère la persécution de ses propres enfants affaiblit sa crédibilité lorsqu’elle réclame justice, égalité et respect sur la scène internationale.
Les autorités sud-africaines portent une responsabilité majeure. Elles doivent garantir la sécurité de toutes les personnes vivant sur leur territoire, appliquer la loi avec fermeté et poursuivre les auteurs de ces violences, quels qu’ils soient. Dans le même temps, l’Union africaine ainsi que les gouvernements africains ont le devoir de dépasser les simples déclarations de principe. Cette crise appelle des résolutions fortes, des mécanismes de suivi, une pression diplomatique réelle et, si nécessaire, des sanctions politiques ciblées contre toute complaisance envers les violences xénophobes.
Le silence ne protège personne. Face à cette dérive, l’Afrique a le choix entre l’indifférence et la fidélité à l’idéal d’une communauté de peuples unis par la dignité humaine. Choisir la seconde voie constitue une exigence morale autant qu’un impératif politique.
JOËL KAMALA MWINDO
Auteur et essayiste
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