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Soutien aux rebelles : la NBA sommée de clarifier ses liens avec le Rwanda

by Etienne Kambala
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La pression se resserre autour du partenariat entre la NBA et le Rwanda. Alors que Kigali occupe depuis plusieurs années une place stratégique dans le développement du basket professionnel américain en Afrique, Washington vient de sanctionner directement le ministère rwandais de la Défense. Dans le même temps, deux sénateurs américains réclament des explications à Adam Silver sur la poursuite des relations entre la ligue et le gouvernement rwandais.

Jeff Merkley, démocrate de l’Oregon, et Marsha Blackburn, républicaine du Tennessee, ont adressé le 23 octobre une lettre au commissaire de la NBA. Les deux élus s’interrogent sur la compatibilité entre les activités de la ligue au Rwanda et la nouvelle politique américaine envers Kigali. Le courrier a été rendu public trois jours plus tard.

Le contexte a encore évolué ce mercredi 28 octobre. Le Trésor américain a annoncé des sanctions contre le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière liée aux services de sécurité du pays. Washington les accuse de contribuer au soutien militaire et financier apporté au M23 et à l’Alliance fleuve Congo dans l’Est de la RDC.

Selon le Trésor, le ministère rwandais de la Défense dirige le déploiement de milliers de militaires au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Les États-Unis affirment que ces forces combattent aux côtés du M23 et lui fournissent du matériel, des approvisionnements, un soutien logistique et des formations.

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Zigama est pour sa part accusée d’avoir facilité des paiements destinés à l’achat d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Washington lui attribue également des transactions représentant plusieurs dizaines de millions de dollars au bénéfice du M23 et de l’AFC, ainsi qu’un rôle dans l’acheminement vers Kigali d’or provenant de zones contrôlées par la rébellion.

« Le Rwanda doit cesser de soutenir le M23 et retirer ses troupes de l’Est de la RDC », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Les autorités américaines présentent ces sanctions comme une mesure destinée à faire respecter les engagements pris dans le cadre des accords de Washington signés le 4 décembre 2025 par Félix Tshisekedi et Paul Kagame.

C’est dans ce durcissement américain que la démarche de Jeff Merkley et Marsha Blackburn prend tout son poids. Les deux sénateurs avaient déjà questionné la NBA en 2024. À l’époque, le commissaire adjoint Mark Tatum avait assuré que les décisions de la ligue évolueraient si la politique américaine concernant les activités commerciales au Rwanda venait elle-même à changer.

Deux ans plus tard, Washington ne se contente plus de mises en garde. Les Forces rwandaises de défense ont été sanctionnées le 2 mars 2026. En juin, les États-Unis ont également ciblé une raffinerie d’or rwandaise et un réseau accusé d’alimenter le commerce de minerais issus des territoires contrôlés par le M23. Les nouvelles mesures annoncées mercredi touchent désormais directement le ministère rwandais de la Défense.

La NBA se retrouve ainsi face à ses propres engagements. Merkley et Blackburn demandent notamment à Adam Silver de préciser la limite que la ligue se fixe lorsqu’elle travaille avec des gouvernements accusés de violations des droits humains. Ils souhaitent également savoir quelles évolutions de la politique américaine seraient suffisantes pour provoquer une modification ou une rupture des relations commerciales avec Kigali. Une réponse écrite est attendue au plus tard le 2 novembre.

Les liens entre le Rwanda et le basket professionnel américain sont importants. La Basketball Africa League, créée par la NBA et la FIBA, a fait de Kigali l’une de ses principales places fortes. Un accord pluriannuel conclu avec le Rwanda Development Board prévoit notamment l’organisation de matchs au Rwanda et des phases finales à Kigali en 2024, 2026 et 2028. Visit Rwanda reste également un partenaire fondateur de la compétition.

Les sanctions américaines avaient déjà produit une première conséquence directe sur ce dispositif. L’APR Basketball Club, propriété du ministère rwandais de la Défense, a été retiré de la saison 2026 de la BAL après les sanctions américaines contre les Forces rwandaises de défense. Pour les sénateurs, cette décision démontre que la ligue tient déjà compte des mesures prises par Washington lorsqu’elles touchent directement ses activités.

Kigali rejette cependant les accusations américaines sur son rôle dans le conflit. Après les sanctions du 2 mars, le gouvernement rwandais les avait qualifiées de mesures unilatérales qui, selon lui, déformaient la réalité du conflit. Il reproche également à Kinshasa de ne pas avoir rempli ses engagements concernant la neutralisation des FDLR et affirme que son dispositif sécuritaire répond aux menaces pesant sur le Rwanda.

La NBA, elle, n’a pas encore livré sa réponse aux nouvelles questions posées au Congrès. Son porte-parole Mike Bass a confirmé à ESPN que la ligue avait reçu la lettre et préparait sa réponse.

L’équation devient néanmoins plus difficile pour Adam Silver. La NBA a construit une partie importante de son expansion africaine autour de Kigali tout en affirmant qu’elle adapterait sa conduite à la politique de Washington. Avec des sanctions qui touchent désormais directement le ministère rwandais de la Défense, la question n’est plus seulement de savoir si la politique américaine a changé, mais quelles conséquences la NBA entend en tirer.

Crédit Photo A La Une : Dr. Tiers

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