À seulement 2 jours de l’élection québécoise, le Parti Québécois mène présentement avec 29 % des intentions de vote, suivi de près par le Parti libéral du Québec avec 25 %. Puis le Parti conservateur avec 20 %, la CAQ avec 14 % et Québec solidaire avec 11 %. Il y a donc 4 points qui séparent le PQ et le PLQ. On peut voir sur le graphique que ça ne fait pas une grosse différence. Mais ces 4 points peuvent faire une grande différence pour le Québec et la manière dont il vivra avec le reste du Canada.
Le Québec aura un nouveau gouvernement le 5 octobre. 2 autres capitales devront vivre avec ce gouvernement. Ottawa, capitale du Canada, et Washington, capitale des États-Unis. Avec Québec, capitale du Québec, ce sont donc 3 capitales qui seront impliquées. Ottawa devra composer avec le prochain gouvernement québécois pendant que Washington continuera d’avoir des répercussions sur le Canada. Dès le lendemain de l’élection, ces 3 capitales seront donc liées par la décision des Québécois.
Washington est déjà un front extérieur pour le Canada. Avec la guerre commerciale, Ottawa devra défendre les intérêts des Canadiens face aux Américains et prendre les mesures nécessaires pour le Canada. Le gouvernement fédéral consacrera beaucoup d’énergie à ce front extérieur. Le choix du prochain gouvernement par les Québécois déterminera donc aussi avec quel gouvernement Ottawa devra composer.
Parti libéral du Québec, vivre avec le Canada.
Le PLQ veut vivre au Canada. En contrepartie à la guerre commerciale, il veut augmenter les échanges du Québec avec le reste du Canada, l’Europe et la Francophonie. Il y aura toujours des différences entre le Québec et Ottawa, que ce soit au niveau de la santé, de l’immigration, de la langue et de plusieurs autres choses. Mais avec un gouvernement libéral, on saurait vers quoi il veut aller avec ses négociations avec Ottawa. Vivre avec le Canada et obtenir le maximum au sein de celui-ci.
Avec l’immigration, le PLQ veut augmenter le nombre de résidents permanents selon les capacités que le Québec a de loger, soigner et scolariser les nouveaux arrivants au Canada et penser aux régions. En logement, il souhaite que le Québec puisse construire 100 000 logements par année et augmenter les logements sociaux et abordables de 40 000 sur 5 ans. Le Québec et Ottawa auraient donc des relations normales entre un gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. Demander des choses et négocier avec Ottawa.
Parti québécois, vivre avec le Canada pour un jour le quitter.
Le PQ est un parti souverainiste. Il veut que le Québec devienne un pays. Paul St-Pierre Plamondon a mis le référendum en pause jusqu’après le mandat de Trump, mais le PQ a toujours l’objectif de faire du Québec un pays. Donc, avec un gouvernement péquiste, le Québec vivrait avec le Canada, mais voudrait un jour le quitter.
Les 2 gouvernements auraient besoin l’un de l’autre et feraient des accords si ça profitait aux deux. Les désaccords viendraient du cadre dans lequel ils veulent vivre. Ottawa voudrait que le Québec vive dans le fédéralisme alors que le PQ voudrait éventuellement que le Québec possède tous les pouvoirs pour devenir un pays.
L’immigration pourrait être l’un des sujets où ils pourraient se retrouver rapidement. Le PQ souhaite réduire de moitié le nombre de résidents non permanents au Québec pour se retrouver entre 250 000 et 300 000 résidents non permanents à la fin de son mandat. Il veut environ 35 000 résidents permanents par année et aimerait privilégier temporairement les personnes déjà au Québec pour une partie de l’immigration économique.
Le Québec a des pouvoirs sur l’immigration et Ottawa en a aussi. Si le Québec voulait en avoir plus, il faudrait s’asseoir à la table et en parler. Ottawa pourrait accepter ou non de donner certains pouvoirs au Québec. Ça pourrait ouvrir la porte à un débat chez les souverainistes selon lequel le Québec devrait avoir tous les pouvoirs sur ce qui touche les Québécois. Donc, un gouvernement souverainiste pourrait s’en servir pour dire que le Québec se défend face à Ottawa et montrer jusqu’où Ottawa peut lui donner des pouvoirs. C’est un rapport de force qui peut jouer dans les 2 sens selon le camp dans lequel on se trouve. Ça peut amener à une brouille entre le Québec et Ottawa, montrer que le Québec peut avoir plus de choses ou montrer les limites du fédéralisme.
C’est là que les 3 capitales entrent en jeu. Ottawa devra s’attaquer au front extérieur avec les Américains et négocier davantage avec un gouvernement québécois souverainiste. Protéger les intérêts du Canada face aux Américains et peut-être se battre avec le Québec sur les pouvoirs que le Québec possède au sein du Canada. Ottawa se retrouverait donc au centre de ces discussions.
La CAQ voudrait rendre le Québec plus autonome.
La CAQ souhaiterait rendre le Québec plus autonome. Elle voudrait donc que le Québec ait plus de poids au Canada. Le but de la CAQ serait ainsi d’avoir plus de poids auprès d’Ottawa et de défendre l’autonomisme. Dans le triangle des 3 capitales, elle chercherait donc à renforcer le Québec face à Ottawa tout en aidant le Canada face aux pressions américaines.
Sur l’immigration, la CAQ voudrait qu’environ 45 000 personnes soient admises par année de façon permanente. Elle voudrait régionaliser davantage et avoir certains critères pour les immigrants. Elle serait donc en communication avec Ottawa tout en demandant certains éléments au gouvernement fédéral.
Le Parti conservateur voudrait aussi que le Québec soit plus autonome, seulement que cela changerait au niveau de l’État québécois.
Avec Éric Duhaime, on verrait moins de taxes et de dépenses dans certains secteurs et le privé prendrait plus de place. Il y aurait des points de discorde avec Ottawa sur l’autonomie du Québec et sur l’immigration. Il voudrait que le Québec ait plus de libertés au Canada et qu’il aide le Canada économiquement face aux Américains. Le Québec resterait donc au Canada, mais chercherait plus de libertés face à Ottawa.
Québec solidaire viendrait avec un mélange.
QS voudrait aussi que le Québec devienne un pays, mais a une autre vision sur l’immigration et l’économie. Il voudrait qu’environ 70 000 personnes viennent vivre de façon permanente au Québec et revenir au Programme de l’expérience québécoise. L’État voudrait intervenir davantage sur le logement et certains autres secteurs sociaux.
Avec QS, Ottawa aurait donc face à lui un gouvernement souverainiste, mais qui demanderait d’autres choses que le PQ. Face à Washington, QS voudrait que l’État intervienne davantage pour protéger l’économie québécoise et les travailleurs. Les Québécois peuvent donc se rendre compte que 2 partis peuvent vouloir le même résultat, soit que le Québec devienne un pays, mais avec des réponses totalement différentes sur certains sujets qui auront des impacts sur le Québec et Ottawa.
Cette élection ne se résumera donc pas seulement à des courbes qui montent ou qui descendent. Il y a plusieurs façons de placer le Québec au Canada et de réagir à la situation américaine.
Quel que soit le parti qui gagnera, les Américains mettront de la pression sur le Canada. Ottawa va donc devoir négocier avec les Américains et avec le Québec. Le 5 octobre nous dira quel genre de gouvernement il y aura à la 3e table. Avec le PLQ, les Québécois auront un gouvernement qui défendra les intérêts du Québec au Canada. Avec la CAQ ou le PCQ, ils auront des revendications d’autonomisme. Et avec le PQ ou QS, ils auront un gouvernement qui visera l’indépendance, mais avec deux projets bien distincts.
Les Américains ne voteront pas le 5 octobre. Le gouvernement d’Ottawa non plus.
C’est au Québec que les bulletins seront déposés dans les urnes, mais dès le lendemain, les répercussions commenceront à se faire sentir entre les 3 capitales.
Joël Kamala Mwindo , Auteur et Essayiste
Crédit photo à la Une : Clément Proust / Pexels
