Il est 21 h 47 à Houston lorsque le ballon finit sa course dans les filets.
Nous sommes dans le temps additionnel de la première période du match entre la RDC et le Portugal à la Coupe du monde 2026. Une tête, un angle parfait, un geste qui dure moins d’une seconde, et quelque chose de très ancien semble se briser.
Les joueurs congolais courent dans tous les sens. Certains pleurent. D’autres dansent la Fimbu, une danse du terroir congolais. À Kinshasa, Montréal, Bruxelles, Paris et dans bien d’autres villes du monde, des millions de Congolais vivent le même moment. Ce but dépasse le football. Il ressemble à une réparation de l’histoire. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir au début. Pas au début du match. Au début de l’homme qui vient de marquer.

Yoane Wissa inscrit de la tête le premier but de la RDC en Coupe du monde face au Portugal, le 17 juin 2026 à Houston.
Yoane Wissa Bileko naît le 3 septembre 1996 à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, au sein d’une famille originaire du Kongo-Central et du grand Équateur. Il grandit à Épinay-sous-Sénart, dans cette banlieue parisienne faite de terrains de football, d’immeubles et de rêves semblables à ceux de milliers d’enfants de la diaspora. Son histoire commence loin des projecteurs. Aucun destin écrit d’avance, aucun recruteur déjà convaincu de tenir une future star entre ses mains.
À 7 ans, il découvre le football dans un club de quartier. Son premier rôle surprend : il joue gardien de but. Pendant que les autres cherchent à marquer, lui protège sa cage. Il apprend à résister, à rester concentré, à porter une responsabilité silencieuse. Ce détail raconte déjà beaucoup de son parcours. Avant de devenir celui qui fait gagner les matchs, il a appris à tenir bon quand les autres attaquaient.
Durant son adolescence, une autre passion occupe son esprit : le rugby. Entre les deux sports, l’hésitation dure un temps. Son père intervient alors et l’encourage à poursuivre le football. Ce moment paraît simple, presque ordinaire, pourtant il éclaire une vérité souvent oubliée. Les grandes carrières naissent parfois d’un conseil donné au bon moment par une personne qui croit en vous.
Wissa lui-même l’a reconnu : « Ce n’était pas comme si je voulais absolument être footballeur. J’aimais le football, mais je jouais à un niveau inférieur. » Cette phrase révèle beaucoup de sa personnalité. Derrière le joueur de Premier League apparaît un homme qui a bâti sa réussite étape par étape, grâce à la persévérance, à la discipline et à une volonté constante de progresser.
Le Congo occupe également une place particulière dans son histoire. Il découvre véritablement le pays lors d’un voyage familial à l’âge adulte. Cette expérience provoque un profond bouleversement intérieur. « L’hospitalité, l’amour et la fraternité du peuple congolais m’ont marqué à jamais. Découvrir le pays où mes parents ont grandi a été un déclic », explique-t-il.
Pour certains, ce type de déclaration ressemble à un discours classique de joueur binational. Pourtant, dans son cas, le choix semble bien plus profond. Français de naissance, formé dans le système français et parfaitement intégré à son environnement sportif, il possédait toutes les cartes pour poursuivre son parcours sous les couleurs françaises. En 2020, il choisit pourtant la République démocratique du Congo. À cette époque, les Léopards restent éloignés des grandes compétitions mondiales et des projecteurs permanents du football international. Ce choix traduit avant tout un sentiment d’appartenance et un attachement sincère à ses racines.
À Châteauroux, où il débute en 2015, il inscrit 7 buts en 24 matchs de National. Ses performances attirent l’attention d’Angers.
En janvier 2018, Lorient lui ouvre une nouvelle porte. C’est là que sa carrière prend véritablement son envol. Lors de la saison 2019-2020, il marque 15 buts et participe activement à la montée du club en Ligue 1. Ses performances lui valent à deux reprises le trophée UNFP du joueur du mois de Ligue 2.
Son entraîneur, Christophe Pélissier, résume parfaitement son évolution : « Il est récompensé parce qu’il fait les efforts. On sent qu’il a faim dans les 18 mètres. »
Ce mot résume une grande partie de l’histoire de Yoane Wissa : la faim. La faim de progresser, la faim de réussir, la faim de transformer chaque opportunité en étape supplémentaire. Derrière les statistiques, les trophées et les buts se trouve un joueur qui a avancé grâce au travail quotidien, à la patience et à une détermination. Cette faim constitue sans doute la clé la plus importante de son parcours. Le destin a cependant une manière particulière d’éprouver les hommes. Il finit toujours par leur poser une question que le talent seul ne peut résoudre.
La nuit du 1er juillet 2021 commence comme n’importe quelle autre nuit.
Une sonnette retentit. Une porte s’ouvre. Yoane se trouve chez lui avec sa famille, après une saison réussie à Lorient et avant un transfert important vers Brentford. Rien ne laisse présager qu’en quelques secondes sa vie va basculer.
Les événements qui changent une existence arrivent souvent sous une apparence ordinaire.
À l’autre bout de cette histoire se trouve Laëtitia Penvern, une femme de 36 ans qui affirme entendre des voix depuis son adolescence. Au fil des années, elle construit autour de ces voix une réalité parallèle qu’elle considère comme vraie. Dans son esprit, elle est enceinte. Son bébé se trouve hospitalisé à Rennes. Son entourage connaît cette histoire et l’accompagne dans cette attente.
Ce récit occupe une place centrale dans sa vie.
Il ne s’agit pas simplement d’une invention destinée à tromper les autres. Il s’agit d’une réalité qu’elle vit intérieurement avec une conviction totale. Peu à peu, cette conviction se transforme en projet : trouver un nouveau-né, le ramener auprès d’elle et faire correspondre le monde réel à ce qu’elle croit déjà être vrai.
Le soir du 1er juillet, elle se présente au domicile de Yoane Wissa en demandant un autographe.
La porte s’ouvre. Elle entre dans la maison. Son attention se porte sur le nouveau-né. Puis Yoane Wissa sort des toilettes et se retrouve face à elle dans le couloir de son propre domicile.
À cet instant, elle lui projette de l’acide au visage.
Pour comprendre cette affaire, un élément est essentiel. Laëtitia Penvern ne connaît pas Yoane Wissa. Elle n’entretient aucun lien avec lui. Aucun conflit. Aucune rancœur. Aucune obsession particulière. Elle cherche simplement une maison où vit un nouveau-né. Cette maison-là se trouve être celle de Wissa.
L’acide n’est pas utilisé comme un acte de vengeance ou comme un message adressé au joueur. Dans la logique de son projet, il sert à écarter la personne qui protège l’enfant qu’elle est venue chercher. Yoane Wissa passe près de perdre la vue en protégeant son fils. Il se trouve simplement au mauvais endroit au moment où le danger surgit dans son propre foyer. Des années plus tard, lors du procès, il résume cette scène en quelques mots : « Quand je suis sorti des toilettes, j’ai juste vu quelque chose de rouge et j’ai fermé les yeux. »
Les personnes qui traversent les épreuves les plus extrêmes racontent souvent les faits avec très peu de mots. Les événements parlent d’eux-mêmes.
Le lendemain de cette nuit, Laëtitia Penvern recommence. Une jeune femme originaire de Gambie reçoit de l’acide au visage dans des circonstances similaires. Le 3 juillet, elle entre dans un hôpital et repart avec un bébé qui n’est pas le sien. Elle se fait interpeller à son domicile quelques heures plus tard. À cet instant, le fil qui relie ces événements apparaît dans toute son évidence. Wissa occupait simplement la première place dans une suite d’événements qui allaient se poursuivre ailleurs. Elle avait essayé chez lui. Elle avait essayé ailleurs. Elle avait fini par réussir. Entre ces trois épisodes se tient la même femme, portée par la même obsession. Deux hommes et une femme ont reçu de l’acide au visage parce qu’ils se trouvaient sur le chemin qui menait à son but.
En janvier 2025, la cour d’assises du Morbihan condamne Laëtitia Penvern à 18 ans de réclusion criminelle pour tentative d’assassinat et enlèvement de mineur. Wissa témoigne. Il dit au tribunal, 4 ans après les faits : « Je n’arrive plus à m’endormir seul. »
Ce qui frappe, c’est sa manière de continuer. Il a traversé cette nuit avec une blessure qui l’accompagnera toujours, puis il a choisi d’avancer malgré elle. Chaque jour, il a repris sa route au lieu de laisser cette épreuve définir le reste de son existence. Pendant 6 mois après l’agression, il ne sait pas si ses yeux retrouveront leur pleine capacité. L’incertitude domine. Des examens. Une attente interminable. À 24 ans, il a Brentford qui l’attend de l’autre côté de la Manche et une carrière suspendue au verdict de ses yeux. Puis le verdict arrive. La vision revient. Les médecins confirment qu’il retrouvera un fonctionnement normal. La pire nuit de sa vie a tenté d’écrire la fin de son histoire. Wissa a pris le stylo et rédigé la suite.
Beaucoup d’hommes auraient eu besoin de longues années pour se relever d’une telle épreuve. Yoane Wissa, lui, reprend sa route. Sans grande campagne médiatique. Sans documentaire consacré à sa guérison. Sans se construire une image de survivant.
À l’été 2021, quelques semaines après son opération, il rejoint Brentford. Puis il réalise quelque chose qui paraît presque irréel lorsqu’on mesure ce qu’il vient de traverser : lors de ses six premières apparitions sous son nouveau maillot, il inscrit cinq buts.
Le chiffre impressionne déjà en lui-même. Son contexte le rend extraordinaire.
Pendant 6 mois, il a vécu avec l’incertitude. 6 mois à attendre les verdicts médicaux. 6 mois à se demander jusqu’où sa vision reviendrait. Et pourtant, dès son arrivée dans l’un des championnats les plus exigeants de la planète, il répond par des performances de très haut niveau.

2 mars 2024 — Yoane Wissa donne l’avantage à Brentford face à Chelsea grâce à une spectaculaire bicyclette inscrite à la 69e minute, un geste d’exception qui fait se lever tout le stade.
Le mot « résilience » revient souvent dans ce genre d’histoire. Pourtant, il me semble presque insuffisant ici. Ce que révèle cette période de la vie de Wissa ressemble davantage à une force intérieure discrète, à une décision prise loin des caméras et des discours. La décision de continuer à avancer. La décision de considérer que son avenir lui appartenait encore. La décision de refuser qu’un acte de folie venu frapper à sa porte définisse le reste de son existence.
À Brentford, il construit alors patiemment l’une des plus belles trajectoires de sa génération. Pendant quatre saisons, il s’impose comme une pièce maîtresse du club. Match après match, année après année, il accumule les performances jusqu’à atteindre 49 buts en 149 rencontres, dont une saison à 19 réalisations.
Ces chiffres finissent par attirer les plus grands clubs anglais. À l’été 2025, Newcastle accepte de débourser 63 millions d’euros pour s’attacher ses services.
Ce transfert raconte lui aussi quelque chose d’intéressant sur son caractère.
Lorsque Brentford tente de retarder son départ malgré une promesse qui lui avait été faite, Wissa choisit une voie directe. Il prend publiquement la parole et publie un message sur Instagram : « Le club doit honorer sa parole. »
Il signe ses mots de son propre nom et accepte les conséquences. Cette attitude révèle quelque chose de rare : la conscience tranquille d’un homme qui connaît sa valeur. La patience est une vertu. L’injustice n’en fait pas partie. Les grandes actions apparaissent rarement par hasard. Elles prolongent souvent un caractère déjà visible dans les épreuves du quotidien. Le but que Wissa inscrit le 17 juin 2026 appartient à cette catégorie. Pour en mesurer toute la portée, il faut remonter à 1974.
En 1974, le Zaïre arrive en Allemagne avec une couronne sur la tête, car quelques mois plus tôt il a conquis toute l’Afrique en remportant la Coupe d’Afrique des nations, et il devient le premier pays d’Afrique subsaharienne à fouler la pelouse d’une Coupe du monde, ce qui hisse une génération entière au sommet du football du continent.
Cette équipe aligne de vrais rois du ballon, à commencer par Ndaye Mulamba, en état de grâce avec ses 9 buts inscrits durant ce tournoi africain, un record qui résiste encore aujourd’hui à toutes les générations venues après lui, et autour de lui brillent Raymond Bwanga Tshimenu, surnommé le Beckenbauer noir et sacré Ballon d’Or africain 1973, ainsi que le gardien Robert Kazadi, rangé parmi les meilleurs du continent à son poste. Le peuple connaît ces hommes par cœur, au point de leur offrir des surnoms à la hauteur de leur grandeur, puisque Emmanuel Kakoko Etepe devient le « Dieu de ballon » et qu’Adelard Mayanga Maku répond au nom de « Good Year ».
Le monde, pourtant, garde surtout en mémoire une humiliation, ce fameux 9-0 encaissé face à la Yougoslavie le 18 juin 1974 à Gelsenkirchen, et cette image écrase tout le reste, alors que la vérité se trouve ailleurs, loin du terrain, dans les bureaux du pouvoir.
Tout part de l’argent, car le régime de Mobutu Sese Seko garde pour lui les primes promises aux champions, et la colère monte dans le groupe au point que les joueurs songent à entrer en grève au moment même d’affronter la Yougoslavie. La situation empire encore lorsque le pouvoir éloigne du banc le sélectionneur yougoslave Blagoje Vidinić, sous prétexte qu’il risque de livrer des secrets à son pays d’origine, ce qui laisse les joueurs livrés à eux-mêmes à l’instant le plus décisif de toute leur campagne. « Nous étions prêts à jouer, mais nous n’avions plus la tête à ça », confiera plus tard un membre de cette équipe, dans l’ombre d’un silence qui aura duré des décennies. « On nous avait promis de quoi changer nos vies. On est repartis avec rien. »
Les Léopards entrent donc sur la pelouse le cœur lourd et l’esprit ailleurs, et la sanction tombe vite, puisque la Yougoslavie mène déjà 3-0 après 20 minutes, ce qui pousse Vidinić à sortir Kazadi dès la 21e minute, et son remplaçant Tubilandu Ndimbi cueille aussitôt le ballon au fond de ses filets en moins d’une minute. Le drame atteint son sommet à la 23e minute, quand l’arbitre brandit le carton rouge devant Ndaye Mulamba pour une faute commise par son coéquipier Mwepu Ilunga, une simple erreur d’identité qui chasse le meilleur buteur d’Afrique du terrain, et la FIFA finira d’ailleurs par revenir sur la lourde suspension infligée à cet homme puni à la place d’un autre. Réduits à 10, déboussolés et orphelins de leur encadrement, les Léopards plient sous le poids des évènements, concèdent 6 buts dès la première période et terminent la rencontre sur ce 9-0 qui demeure l’une des plus lourdes défaites de l’histoire de la Coupe du monde.
Voilà pourquoi ce score raconte la politique d’un régime avant de mesurer le talent réel d’une équipe championne d’Afrique. La suite le prouve avec une cruauté rare.

Zaïre 0–3 Brésil , Mondial 1974 : un moment historique de la première participation d’une nation d’Afrique subsaharienne à la Coupe du monde.
De retour au pays, cette génération glisse peu à peu dans l’ombre, plusieurs de ces héros traversent ensuite de graves difficultés d’argent, et le contraste finit par serrer le cœur, car des champions d’Afrique, portés par tout un peuple, achèvent leur route dans le silence et la pauvreté. Le sort de Ndaye Mulamba résume cette descente à lui seul, puisque la CAF l’honore d’une médaille en 1994 pour les 20 ans de son record, puis 4 hommes en tenue militaire l’agressent par balle pour lui arracher ce trophée, ce qui le pousse à fuir vers l’Afrique du Sud, où il vit dans l’anonymat et la pauvreté jusqu’à son dernier souffle.
« Ce n’était pas un 9-0, c’était un assassinat », a déclaré un proche de Mulamba, des années plus tard. « Ils ont tué l’équipe avant même qu’elle ne joue. »
Les chiffres tombent, implacables. 3 matchs. 0 but inscrit. 14 buts encaissés.
Au fond, le Zaïre de 1974 reste une équipe de rois qu’on a envoyée pieds nus affronter le monde, et ce 9-0 demeure moins une défaite sportive qu’une cicatrice politique, gravée à jamais dans la mémoire d’un peuple qui aimait son football.
Pendant plus d’un demi-siècle, aucun joueur congolais n’avait trouvé le chemin des filets en phase finale de Coupe du monde. 52 années d’attente, de souvenirs douloureux et d’occasions manquées. Puis, à Houston, un homme s’apprête à refermer une blessure que toute une génération avait laissée ouverte.
Le tirage du groupe K promettait une simple formalité au Portugal, et le monde entier s’installait devant son écran pour voir Cristiano Ronaldo, vieillissant mais toujours présent, régler le sort des Léopards en quelques gestes, et pourtant l’histoire a choisi un autre nom ce 17 juin 2026 à Houston.
Le Portugal frappe vite, puisque João Neves cueille un centre de Pedro Neto et place une tête imparable dès la 6e minute, devenant à 21 ans le plus jeune Portugais à marquer pour ses débuts en Coupe du monde, et tout semble suivre le scénario écrit d’avance. La RDC, elle, garde son calme, multiplie les occasions et attend son heure, et cette heure arrive dans le temps additionnel de la première période, à la 45e minute +5, quand Arthur Masuaku adresse un centre parfait et que Yoane Wissa s’élève au-dessus de la défense portugaise pour catapulter sa tête au fond des filets de Diogo Costa. Les Léopards tiennent ensuite le choc durant toute la seconde période et repartent avec un match nul et le premier point de leur histoire dans la compétition.

Yoane Wissa remercie Dieu après son but historique face au Portugal, le 17 juin 2026 à Houston.
Yoane Wissa arrive à ce Mondial après une saison de club passée à se battre, car une blessure au genou contractée le 9 septembre 2025 sous le maillot de la RDC, face au Sénégal, l’a tenu loin des terrains pendant des mois et l’a contraint à suivre la CAN 2025 depuis l’extérieur, lui qui rêvait d’y porter les couleurs de son pays. Il rejoint donc Houston comme un homme qui a traversé une nouvelle épreuve physique et qui a, une fois encore, tenu bon, et c’est précisément lui qui marque, comme toujours quand l’enjeu devient immense, parce que les hommes qui ont appris à tenir dans l’obscurité portent en eux, pour les grands soirs, une force que seule l’épreuve révèle.
Ce but devient le premier de l’histoire de la République démocratique du Congo en phase finale de Coupe du monde, le premier en 52 ans, et il vient effacer le fameux 0 de 1974, ce 0 qui racontait une injustice politique bien plus qu’une faiblesse sportive, et il ouvre une page neuve dans la mémoire d’un peuple de plus de 100 millions d’âmes qui attendait depuis trop longtemps d’exister sur la plus grande scène du monde.
Ce but porte une charge qui dépasse le sport. Ndaye Mulamba, auteur de 9 buts en une seule CAN et privé de toute réussite en Coupe du monde par la trahison de son propre État, reçoit dans cette tête victorieuse une réparation tardive, imparfaite, néanmoins réelle, et les joueurs de 1974, dépouillés de leurs primes puis abandonnés à la pauvreté, reçoivent dans ce même geste la reconnaissance que leur époque leur devait.
Quant à Yoane Wissa, il entre à 29 ans dans un registre rare, celui des hommes qui changent l’histoire de leur pays par un simple geste juste, loin des discours et des fusils, et il l’écrit de la plus belle des manières, d’une tête, à la 45e minute +5, sous le toit du NRG Stadium de Houston, devant le monde entier. Une tête de Wissa, et le peuple congolais qui retrouve enfin son nom sur la plus grande scène du monde.
Les Grecs racontaient que les héros ne meurent jamais tant que quelqu’un continue leur œuvre. Ndaye Mulamba n’était pas à Houston. Raymond Bwanga non plus. Pourtant, lorsque le ballon a franchi la ligne, quelque chose d’eux était présent dans ce stade. Car les grandes histoires ne disparaissent pas. Elles cherchent simplement un nouveau visage pour continuer leur voyage à travers le temps. Ce soir-là, ce visage portait le nom de Yoane Wissa.
JOËL KAMALA MWINDO
Auteur et essayiste
Crédit photo à la Une : FECOFA | Crédit photo 1 : Fabrizio romano | Crédit photo 2 : Brentford FC / Archives web | Crédit photo 3 : FIFA
