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Mondial 2026 : RDC vs Portugal, bien plus qu’un simple match ( Tribune )

by Joel Kamala
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Mercredi 17 juin 2026, à Houston, les Léopards de la République démocratique du Congo affrontent le Portugal pour leur tout premier match commun. Sur le papier, il s’agit d’un simple match du groupe K. En réalité, c’est une histoire ancienne qui revient au rendez-vous sous les projecteurs du football mondial.

Dans Shaolin Soccer, un maître de kung-fu rassemble d’anciens compagnons dispersés par le temps pour transformer leur discipline en football. Chacun arrive avec son histoire, son expérience et son talent particulier. Face à eux se dressent les équipes les plus réputées du pays, portées par les pronostics et les certitudes du moment. Match après match, les favoris avancent avec leur prestige tandis que les disciples Shaolin avancent avec leur détermination. Puis quelque chose se produit : la logique commence à trembler. Le football devient plus qu’un sport. Il devient l’endroit où les réputations sont mises à l’épreuve, où les hiérarchies se renversent parfois et où l’histoire rappelle qu’aucun résultat n’est écrit avant le coup d’envoi.

Le Portugal arrive demain avec le statut de favori. Son histoire footballistique est riche, ses joueurs évoluent parmi les plus grands clubs du monde et son palmarès inspire le respect. La RDC arrive avec une autre force : celle d’une équipe qui continue d’écrire sa place parmi les grandes nations du football.

Cette image est d’autant plus fascinante qu’elle prolonge une histoire commencée bien avant le football. Car la première rencontre entre les ancêtres des Congolais et les Portugais ne s’est pas déroulée dans un stade, mais sur les rives du fleuve Congo il y a plus de 5 siècles, lorsque le Royaume Kongo du roi Afonso Ier échangeait avec le Portugal d’égal à égal à travers l’Atlantique.

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C’est peut-être ainsi qu’il faut regarder le match entre la RDC et le Portugal.

Demain, les caméras montreront 22 joueurs courant derrière un ballon. Comme toujours. Pourtant, certains matchs commencent bien avant le coup d’envoi. Celui entre la République démocratique du Congo et le Portugal a débuté il y a plus de cinq siècles.

Tout commence en 1483, le navigateur portugais Diogo Cão remonte l’embouchure du fleuve Congo, dresse une croix de pierre sur le rivage et repart vers Lisbonne avec quelques jeunes nobles kongo qui reviennent 8 ans plus tard instruits dans le latin, la lecture et la foi chrétienne.

Le 3 mai 1491, le roi Nzinga a Nkuwu reçoit le baptême sous le nom de João Ier et sa reine devient Leonor, puis le 4 juin 1491 leur fils Mvemba a Nzinga prend le nom d’Afonso, faisant du Kongo le premier royaume chrétien d’Afrique centrale.

Le vieux roi retourne vite à la foi des ancêtres et renvoie les prêtres, pendant qu’Afonso, gouverneur de Nsundi, recueille les missionnaires écartés et garde la flamme vive jusqu’à son heure.

Cette heure vient en 1506, à la mort de João Ier, car la couronne se gagne par l’élection des grands du royaume, et le demi-frère païen Mpanzu a Kitima dresse contre Afonso une armée immense quand celui-ci avance avec 36 compagnons chrétiens seulement.

La tradition raconte que les soldats de Mpanzu voient surgir dans le ciel une croix blanche et l’apôtre saint Jacques entouré de cavaliers vêtus de blanc, qu’ils prennent aussitôt la fuite, et qu’Afonso monte sur le trône en attribuant sa victoire à ce miracle, qu’il grave ensuite dans les armoiries du royaume portées jusqu’en 1860.

Devenu roi, Afonso bâtit dès 1509 des écoles pour 400 élèves, fait soumission au pape en 1512, et voit en 1516 le vicaire Rui d’Aguiar compter près de 1000 étudiants à Mbanza Kongo, avec des écoles pour filles tenues par la sœur du roi.

Il envoie son fils Henrique étudier à Coimbra, et le pape Léon X le sacre évêque d’Utique le 5 mai 1518, faisant de ce prince kongo le premier évêque africain de l’histoire de l’Église.

Sa capitale prend le nom de São Salvador, son royaume couvre les terres de l’Angola, du Congo et de la République démocratique du Congo d’aujourd’hui, et sa noblesse adopte les noms, les titres et les armoiries du Portugal.

Puis la même flotte qui apporte des prêtres ouvre aussi ses cales, et la demande de captifs enfle jusqu’à toucher les fils des nobles puis les proches du roi lui-même.

Alors, le 6 juillet 1526, Afonso écrit à João III du Portugal, qu’il appelle son frère, pour dénoncer des marchands qui enlèvent chaque jour les enfants de son peuple et vident son royaume de ses habitants.

Lisbonne répond par une formule glaçante, assurant que le Kongo achète ses captifs au-dehors et les convertit, si bien que sa population reste nombreuse et que les absents se fondent dans la masse.

Voilà la première voix africaine écrite contre la traite, sortie du cœur du Congo plus de 250 ans avant les grands abolitionnistes européens.

Demain, à Houston, les statistiques retiendront le premier match officiel entre la République démocratique du Congo et le Portugal, et pourtant cette rencontre porte un écho bien plus ancien que le coup d’envoi, car depuis l’arrivée des navigateurs portugais à l’embouchure du fleuve Congo en 1482, les destins des 2 peuples se sont croisés, éloignés, puis transformés au fil des générations.

544 ans plus tard, ce sont des footballeurs qui traversent l’Atlantique là où passaient les caravelles, le ballon a pris la place des armes, la compétition sportive a recueilli les rivalités de l’histoire, et pourtant quelque chose demeure, la force symbolique d’un rendez-vous que l’histoire gardait en réserve pour ce jour précis.

Dans quelques heures, le terrain livrera une victoire, un match nul ou une défaite, le football choisira son verdict, et quelle que soit l’issue, Houston deviendra le théâtre d’un moment rare, les retrouvailles de 2 nations que l’histoire avait déjà réunies bien avant que le ballon les rassemble.

Le coup d’envoi réveillera 544 ans de mémoire.

JOËL KAMALA MWINDO
Auteur et essayiste

Crédit photo à la une : JKM Médias

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